Richard Ferrand est intervenu dans le cadre du débat de politique générale.

Merci Monsieur le Président.

Je m’apprêtais à vous dire que, aussi vrai qu’il y a des professeurs pédagogues, il y en a un certain nombre d’autres qui sont un peu pédants. Je veux bien que l’on se revendique du peuple, mais enfin le peuple breton a choisi et la majorité a eu la majorité. Et par conséquent ceux qui siègent ici sont tout aussi légitimes que ceux qui siègent dans la minorité. Cela va sans dire, mais ça va mieux en le disant.

J’ai également entendu que la rareté, pourtant habituelle de nos sessions, créait chez les uns le désir et chez les autres le dépit. Il en va ainsi de la frustration. Cela aiguise parfois l’envie de venir s’exprimer, et chez d’autres ça leur coupe toute envie. Mais je crois qu’ici, pour l’instant, le dépit n’a pas réalisé tous ses dégâts.

S’il est un point sur lequel je voudrais revenir pour autant, c’est celui qui pêle-mêle a été cité, faisant allusion à la fois au revenu des agriculteurs, dont certains ont déduit que les plans menés par notre collègue Olivier Allain ne serviraient à rien et que par surcroît, l’inauguration de l’usine Synutra n’apporterait rien à la Bretagne.

Voilà une sorte gloubiboulga qui permet de mélanger tout et n’importe quoi et d’expliquer que rien ne va bien.

Nous, nous ne cherchons pas à faire fumier de la misère du monde, nous ne cherchons pas à féconder la colère.

Ce que nous voulons c’est fertiliser nos savoir-faire.

Et en effet, nous sommes comme tout le monde, nous savons très bien quelle est la situation des agriculteurs – singulièrement des producteurs de lait – mais nous savons aussi que, même si nous avons adopté ici les plans sur la viande bovine et le lait, nous savons bien qu’aucune réponse budgétaire ne pourra se substituer à une juste réponse par le prix.

Mais, pour ce faire, il ne s’agit pas d’aller boire des verres de lait dans les rues de Carhaix, pour faire en sorte que le cours remonte, sauf à en boire beaucoup.

Pour ma part, avec Loïg Chesnais-Girard, plutôt que de pourfendre les investissements chinois qui représentent 150 à 200 millions d’euros, nous nous leur avons dit, les yeux dans les yeux, aussi vrai que nous nous réjouissions de cet investissement, qu’il fallait bien que cette poudre de lait ne soit pas de la poudre aux yeux et que les producteurs de Bretagne soient justement rémunérés.

Et ça, nous, nous ne sommes pas allés le dire en buvant des verres de lait, nous sommes allés le leur dire, non sans champagne, mais en face, lorsque naturellement au nom du Président du Conseil régional, nous avons eu les uns et les autres à nous exprimer. Alors là aussi, mieux vaut mener les combats sur les bons rings plutôt que d’être en train de pigner dans les vestiaires ou sur les gradins.

Là encore il faut être précis. Recevoir des leçons de démocratie de certains est toujours un plaisir de fins gourmets, mais ce que nous pensons c’est qu’il vaut mieux être lucide que polémique.

Je viens d’entendre ce qui vient d’être dit sur la fibre optique, la bonne blague. Ceux qui étaient sur ces rangs dans la mandature précédente, certes ce ne sont pas les mêmes visages, ce qui n’est pas forcément un signe de nouvellement, enfin ils ont changé quand même…

Figurez-vous qu’ils se sont tous opposés à ce que le Président Le Drian, avec l’aide de Gwenegan Bui et d’autres, ont négocié pour faire en sorte que par l’action publique, précisément, la fibre optique arrive partout. Certes à son rythme.

Car partout ailleurs ça ne se fera pas, nulle part ailleurs en France. Mais voilà que maintenant, après n’avoir rien fait, rien proposé, on vient jouer les impatients pour dire : « C’est quand dans ma commune ? », « C’est quand dans mon canton ? ».

Autrement dit, là encore, au fond vous voulez susciter la frustration après l’incapacité d’avoir nourri le désir. On retrouve bien ce qui depuis le début ici anime vos propos. Nous on suscite, nous on décide, nous on fait, nous on trouve les financements et les choses se déploient, ne vous déplaise.

Ensuite comment ne pas être consterné quand même d’avoir entendu brutalement dire que le service public de l’emploi était une équipe qui perdait.

Voilà, comme ça, d’une phrase, que l’on vienne condamner des fonctionnaires, des acteurs publics, qui travaillent au sein du Conseil régional, ailleurs dans d’autres services d’Etat ou apparentés, sur l’emploi.

Et au fond ce que l’on veut nous expliquer c’est que, parce que les situations de l’emploi aujourd’hui ne seraient pas favorables, il faudrait d’une certaine manière dire que ce sont les services publics qu’il faut saccager.

On connaît la chanson, celle qui consiste systématiquement, lorsqu’on n’a pas de véritable réponse économique, à s’en prendre au service public.

Là encore il me semble que ce qui nous est opposé n’a aucune validité, du moins aucun intérêt pour savoir ce qu’il conviendrait de faire, même si on multipliait les sessions.

Enfin Monsieur le président, il est un point sur lequel je voudrais insister au nom de notre groupe, car cela a été finalement passé sous silence, même si dans votre propos liminaire vous avez eu raison d’y insister.

C’est ce qui s’est passé à la fois par la décision du Premier Ministre de redonner une ressource dynamique à la Région – et là il ne s’agit pas de girondinisme, il s’agit de choses très concrètes, très réelles – qui font que là où il n’y a pas si longtemps, les mêmes hurlaient sur l’asphyxie budgétaire des Régions, devraient aujourd’hui constater que c’est le Premier Ministre qui, en Bretagne, est venu dire, à l’invitation de notre Président, qu’il donnait une perspective durable de moyens budgétaires.

Je voudrais aussi rajouter les enveloppes complémentaires qui ont été débloquées à cette occasion, qui sont à la fois pour des projets d’innovation de PME, qui sont à la fois pour des crédits sur les enjeux de ruralité – je ne vais pas déployer ici ce que nous allons bientôt signer entre le Centre Ouest Bretagne et l’État pour muscler l’action publique sur nos territoires – mais aussi ce qui a été fait pour les îles, qui est une revendication ancienne soutenue par l’ensemble des élus des îles du Ponant.

Alors je veux bien que tout cela paraisse lointain, abstrait, pas populaire, simplement c’est réel, simplement c’est ça qui fait la Bretagne.

On peut toujours pérorer en disant que rien ne va jamais assez vite, on peut toujours dire que ce que vous n’avez jamais fait et que nous faisons ne va pas assez vite, vous pouvez être toujours dans la nostalgie ou l’espérance, bref dans ces sentiment bizarres qui font qu’à force de n’être heureux de rien, on ne donne envie de rien, on voudrait nourrir le dépit et le déclin.

Nous on préfère l’action car cela nourrit le réel, l’optimisme et la combativité. Et c’est bien pour ça que, en effet, la Bretagne est… en avance.

Je vous remercie.