Anne Patault est intervenue sur la carte des formations professionnelles.

A la rentrée 2016, les plus jeunes des apprentis bretons sont nés en 2000 ; et les jeunes nés en 1998 passent leur bac cette année.

Ces jeunes travailleront-il jusqu’à… 2063, 2067, 2068 ? L’avenir le leur dira. Est-on capable d’imaginer ce que sera leur vie professionnelle, leur métier, leur parcours ?

Nous les accueillons dans le monde de la formation et du travail dans un contexte de mutation tel, que l’exercice de la carte de la formation auquel nous nous sommes livré, est particulièrement subtil et parfois paradoxal.

En effet, on forme pour maintenant, avec une visée d’insertion, pour que les jeunes trouvent rapidement après leur formation un travail qui leur procure autonomie et émancipation ; on forme pour que les entreprises trouvent les compétences dont elles ont besoin « ici et maintenant » dans leur développement.

Mais on forme aussi pour plus tard, pour que ces jeunes puissent évoluer au cours du siècle dans une dynamique d’orientattion et de formation tout au long de la vie et qu’ainsi ils ne soient pas déclassés et sortis du systèmes comme l’ont été un trop grand nombre de leurs ainés ; on forme pour des entreprises qui vivent et vont vivre une vraie révolution technologique, organisationnelle, sociologique. Et on forme aussi pour des entreprises, des produits, des marchés qui n’existent pas encore.

Ce ne sont pas que les métiers industriels qui sont concernés.

Les services, le commerce, l’artisanat, l’agriculture… sont impactés. Cela exige finalement une élévation générale des niveaux de formation et de qualification..
C’est pourquoi, le seul adéquationnisme offre-demande sur l’emploi ne sert de boussole à nos choix.

Nous devons garantir, autant que faire se peut, que les jeunes bretons, quel que soit le territoire dans lequel ils vivent, et quel que soit leur milieu social, ne seront pas confrontés à des impasses et auront les meilleures chances d’être dans une dynamique de parcours évolutif.

C’est pour cela que le continuum -3/+3 qui consiste à favoriser une continuité des parcours jusqu’au niveau licence, nous semble opportun.

– C’est le sens du travail de maillage du territoire pour rapprocher la formation des populations les moins mobiles a priori.
Les Campus de proximité inscrits dans le Schéma Régional de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche voté en 2013 participent à cette ambition. Ils permettent de viser le niveau Licence, en alternance, dans les métiers industriels, particulièrement.

Du : « passe ton bac d’abord », des années 70, on est actuellement passé au : « vise le BTS, au moins ».
Les parents ne s’y trompent pas. Les entreprises disent la même chose.
Le BTS devient ainsi le niveau socle de compétences à partir duquel il est possible de confier des responsabilités et de construire un parcours professionnel dans le temps.

– C’est le sens de l’expérimentation « bac pro/BTS » déployée sur l’Académie de Rennes et qui nous va bien. Il s’agit de sécruriser le passage des bacheliers professionnels dans la poursuite d’études en Sections de Technicien Supérieur.
Cela se traduit par des ouvertures de nouveaux BTS et des ouvertures de places supplémentaires, en particulier dans le domaine tertiaire.

– C’est également le sens de la montée en puissance des parcours mixtes qui permettent selon l’âge et la maturité de passer de phases de formation sous statut

scolaire à des phases en alternance (apprentissage ou contrat de profession- nalisation).

Dans l’exercice de la carte de formation, nous devons également, anticiper quand cela est possible, les évolutions de l’emploi.

La Stratégie Régionale de Développement Economique, d’Innovation et d’Internationalisation votée en décembre 2013, nous donne de bonnes indications sur les défis d’avenir des entreprises bretonnes.

A titre d’exemple, le développement accéléré du numérique répond pour nous à un enjeu stratégique vital, lié à la maîtrise des systèmes numériques en tant que tels mais aussi à de nombreux domaines d’application professionnelles tels la cyber sécurité, l’énergie, la domotique, la robotique etc…

On le voit, il va nous falloir continuer à affiner au fil des années la carte de la formation.

Le processus en cours d u Contrat de Plan Régional de Développement de la Formation et de l’Orientation Professionnelles qui vise une stratégie régionale concertée sur les questions de l’emploi, de la formation professionnelle, de l’apprentissage et de l’orientation professionnelle des salariés et des demandeurs est essentiel.

Au delà d’être un outil de coordination de nos politiques économie, emploi, formation et orientation, il devra engager l’ensemble des acteurs, non dans un programme mais dans une méthode agile au service des parcours de vie des bretons et du développement économique et social de la Région.