Anne Gallo est Vice-présidente du Conseil régional de Bretagne en charge du tourisme, du patrimoine et des voies navigables.

Quel pré-bilan peut-on tirer de la saison touristique en Bretagne ?

Les premières tendances dont nous disposons montrent une saison globalement satisfaisante en Bretagne, plutôt similaire à ces deux dernières années, alors que globalement, la France a enregistré une plus faible fréquentation.

La Bretagne s’en sort mieux que les autres régions. Bien plus que les années précédentes, nous avons pu compter sur une forte présence de la clientèle française, qui représente 80 % de la fréquentation. Les clientèles étrangères ont, comme ailleurs, fait défaut. Les Anglais restent nos premiers visiteurs, suivent les Belges, plutôt en Bretagne-Nord, et les Allemands, plus attirés par la Bretagne-Sud.

La baisse de la fréquentation se conjugue avec une baisse des dépenses des vacanciers, impactant directement le chiffre d’affaires des professionnels du secteur. On observe aussi que les réservations de dernière minute sont plus que jamais rentrées dans les mœurs, notamment chez ceux que l’on appelle les « météos-opportunistes ». Cela rend la saison plus incertaine, mais le temps ensoleillé du mois d’août et durant l’arrière-saison ont permis de compenser un mois de juillet plus mitigé.

Les professionnels du tourisme sont les mieux placés pour nous éclairer sur ces premières tendances : 62% des professionnels se disent satisfaits, 76% pour ce qui concerne la fréquentation du mois d’août. Côté loisirs, le bilan est aussi très positif. Notons qu’Océanopolis tient la première place des sites visités.

Enfin, nous pouvons toujours compter sur l’attractivité liée à nos festivals, qui ont fait le plein, malgré une sécurité renforcée. « Brest 2016 » a attiré une clientèle française comme internationale avec un niveau de fréquentation similaire à celui de 2012 avec 712 000 visiteurs, un chiffre qu’approche le Festival interceltique de Lorient. Au total, ce sont 1 916 300 festivaliers qui ont été accueillis sur l’ensemble des festivals proposés en Bretagne. Rochefort-en-Terre (56), élue village préféré des Français, a aussi connu une très belle fréquentation.

Avec la mise en place des 11 destinations touristiques*, la Région Bretagne déploie une politique innovante. Quelles en sont les grandes lignes ? Observe-t-on ces dernières années des évolutions et de nouveaux enjeux quant aux pratiques et à l’attractivité touristiques en France et en particulier dans notre Région ?

La Bretagne dans son ensemble bénéficie d’une notoriété internationale pour la beauté de ses paysage, la qualité de son accueil, la diversité des activités proposées, ses richesses culturelles qui s’offrent à la découverte des visiteurs. Mais dans un environnement mondial où l’offre touristique s’étoffe et où les pratiques touristiques évoluent, nous ne pouvions pas nous contenter de ces seuls atouts pour nous maintenir.

Un travail a donc été engagé, il y a quelques années déjà, pour être en correspondance avec la réalité de l’économie touristique. En effet, les vacanciers n’identifient pas nécessairement les départements, ou encore moins les intercommunalités, mais raisonnent plus selon des univers de découverte. Une étude de l’Observatoire Régional du Tourisme a en effet révélé que les touristes distinguaient de grands ensembles bretons : « Golfe du Morbihan », « Brocéliande », « Côtes de granit rose », « Saint-Malo », « Cornouaille»… C’est ainsi que 10 « destinations bretonnes » ont été identifiées, auxquelles il faut rajouter les îles qui constituent un univers à part entière.

Cette carte reflète aussi la volonté de tous les acteurs touristiques, publics et privés, de chacun de ces territoires de travailler ensemble. Notre idée est de promouvoir la richesse de ces différentes destinations et de créer notamment, dans ce nouveau cadre, courts séjours et formules clefs en main pour répondre aux nouvelles attentes des touristes aujourd’hui.

N’oublions pas que le tourisme constitue un pan considérable de notre activité économique. Un travail d’accompagnement des entreprises du tourisme est donc également mené à travers notre politique de développement économique (aide à la mise aux normes accessibilité, aide à l’investissement des PME…). Enfin, notre politique de formation vise à répondre au plus près aux besoins concernant les métiers de l’hôtellerie et de l’accueil touristique en général.

Vous avez en charge, en plus du tourisme, le patrimoine et les voies navigables. Quelles sont les complémentarités entre ces trois thématiques ?

Ces trois secteurs sont étroitement liés. L’attractivité touristique de la Bretagne repose en effet en grande partie sur la richesse de son patrimoine naturel, architectural, historique, culturel, muséal, environnemental, maritime… Il est important de bien coordonner les politiques à mener dans ces trois secteurs complémentaires et de les inscrire résolument dans une logique de développement durable.

Nous disposons d’un patrimoine formidable en Bretagne, mais il faut travailler à le connaître et à le faire connaître, à le conserver, à le restaurer, à le valoriser pour mieux le transmettre. C’est le travail engagé à travers la démarche d’inventaire, menée depuis de nombreuses années, en appui des associations et acteurs privés et publics engagés dans ce domaine. En complément de cette recherche de terrain, la Région mène une politique d’accompagnement des porteurs de projet dans leurs initiatives de restauration et de valorisation des biens… Et les projets ne manquent pas.

Il en est de même pour nos voies navigables, canaux, écluses, maisons éclusières… qui constituent un patrimoine à part entière. La Région a pris récemment la compétence de leur gestion qui répond à des enjeux d’aménagement du territoire, de gestion de la qualité des eaux, de préservation de la biodiversité… Le Conseil régional entend en faire un atout de développement économique, fortement intégré dans sa stratégie de développement touristique, à travers un « schéma de développement touristique des voies navigables ». Cette politique (investissement sur les maisons éclusières, mécanisation et mise aux normes des ouvrages hydrauliques, réparation des dégâts liés aux crues…) se met en œuvre en concertation avec les collectivités traversées par les canaux pour définir le niveau de service offert aux usagers, plaisanciers et randonneurs.

*Les 11 destinations touristiques bretonnes :
– Brocéliande
– Quimper Cornouaille
– Brest terres océanes
– Saint-Brieuc – Paimpol – Les Caps
– Coeur de Bretagne – Kalon Breizh
– Rennes – Portes de Bretagne
– Saint-Malo – Baie du Mont Saint-Michel
– Côte de granit rose – Baie de Morlaix
– Bretagne Sud – Golfe du Morbihan
– Redon – Guérande – La Baule
– Les îles bretonnes