> Après le lancement du plan pour l’avenir de la filière porcine, Jean-Yves Le Drian s’était engagé à accompagner les éleveurs bovins. Quelles difficultés rencontre actuellement le secteur ?

La question est claire. La réponse le sera tout autant !

Les prix continuent de s’effondrer partout en Europe même si la France, avec l’Italie, reste le pays où le prix payé aux éleveurs reste le plus élevé.

Cependant nous allons perdre 25€ les 1 000 litres en 2016, essentiellement dû à des déséquilibres hors demande, c’est-à dire de la surproduction.

Les trésoreries des éleveurs laitiers et des jeunes en particulier, mais aussi de ceux qui ont beaucoup investi, sont dans le rouge.

Il y a eu une dégradation de la situation à partir de septembre 2015. Aujourd’hui, beaucoup d’agriculteurs ont du mal à payer leurs factures.

Une traduction concrète qui illustre cette situation : une grande coopérative du secteur avait, le mois dernier, 18 millions d’euros de plus de report de paiement par rapport au mois précédent. C’est un non-choix des éleveurs, qui ne peuvent plus payer, et qui traduit de grosses difficultés financières.

La fin des quotas laitiers a été une catastrophe pour le secteur. Quand il n’y a plus de gestion des volumes, des centaines de milliers d’acteurs peuvent se mettre à produire plus. C’est le cas notamment en Irlande, en Allemagne, au Danemark, en Belgique.

Nous pouvons considérer qu’il y a actuellement 10 % de production en trop, et le prix baisse beaucoup plus que cela. Par rapport à 2014, la baisse constatée pour les 1 000 litres est de 25 %. Nous sommes aujourd’hui à 275€ les 1 000 litres alors qu’il faudrait un prix d’achat autour de 350€.

Avec la question de la surproduction, nous constatons une baisse de la demande chinoise, ce qui aggrave les déséquilibres du marché mondial.

Ce qui est vrai pour la production laitière l’est également pour la viande bovine. La consommation baisse et la production augmente avec les mêmes conséquences.

> Quelles solutions concrètes sont apportées par la Région Bretagne ?

Chacun son rôle.

À l’Europe la régulation des marchés. La persévérance de Stéphane Le Foll nous amènera, je l’espère, à l’activation de l’article 222 qui permet de réduire la production en échange d’une compensation financière. Nous avons d’ailleurs voté un vœu en ce sens lors de la dernière session du Conseil régional.

À l’État français la baisse des charges et les aides d’urgence, avec notamment une aide de 15 000€ pour faire face aux difficultés.

À la Région une stratégie de plus long terme, avec les mesures agri-environnementales, qui permettent des coûts de production plus bas.
En effet en diminuant l’utilisation de la chimie, nous jouons sur la compétitivité des exploitations en utilisant au mieux le sol et le climat. La nouveauté réside dans les mesures systèmes. En privilégiant les légumineux par rapport à d’autres sources, nous rendons les exploitations plus compétitives.

C’est une stratégie de long terme où économie et environnement ont tout à gagner.

> À plus long terme, quelles perspectives se dessinent pour la filière ? Comment la Région Bretagne peut-elle l’accompagner ?

Nous faisons prendre un nouveau tournant à la Bretagne, et je sais que nous ne nous trompons pas. C’est un choix qui anticipe la COP21 et la futur PAC en 2020 où nous verrons la montée en puissance de l’agro-environnement, qui sera sans doute plus soucieuse de l’emploi en privilégiant, via notamment des aides plafonnées, les exploitations familiales.

La question essentielle est celle du prix. Celui-ci est lié à un déséquilibre entre l’offre et la demande. La réponse passera par une meilleure organisation de la filière, mais encore plus par la réintroduction d’outils de régulation.