Le Poher – 24 août 2016 – François Le Dû 

Vice-Président de la Région Bretagne, ancien président de la Chambre d’Agriculture des Côtes d’Armor, pour Olivier Allain, la situation que traverse aujourd’hui l’élevage, en particulier en production laitière, est le résultat d’une politique européenne néolibérale.

Quelle est votre analyse de la situation ?

Ce qui devait arriver arriva. Ce sont 30 ans de régulation qui ont fait leurs preuves. C’est l’Europe qui décide via les accords du Luxembourg du 11 juin 2003 de la fin programmée des quotas. À l’époque, c’est la France qui est aux commandes de la PAC représentée par le ministre de l’Agriculture Hervé Gaymard et le président de la République Jacques Chirac. La clause de revoyure, confirme, via Michel Barnier, ministre de l’Agriculture, l’abandon des quotas laitiers au 1er janvier 2015. Mais Mariann Fischer Boel, commissaire européenne chargée de l’agriculture entre 2004 et 2009, avait déjà organisé la fin des quotas pour aboutir à la crise laitière de 2009.

La crise actuelle est le résultat de la politique européenne ?

C’est un choix politique de laisser faire le marché, cela a été le choix de l’Europe et de ses États-membres où il s’agit de laisser le marché faire la régulation, un choix libéral. Les éleveurs ressentent de l’écoeurement vis-à-vis de ces choix.

Vous prônez une régulation dynamique…

Au Canada par exemple, ce sont des questions qui se décident en permanence pour réussir à trouver un équilibre entre l’offre et la demande dans une économie de marché. (…) Il nous faut une régulation dynamique. Il ne faut pas oublier que c’est l’Europe qui a généré cet excédent mondial, c’est bien l’Europe qui est responsable de cette dérégulation mondiale.

Quelles réponses face, dans certaines situations, à la détresse des éleveurs ?

Cette année, le prix payé aux producteurs sera de 30€/1.000L en moins par rapport aux prévisions les plus pessimistes ! Pour la Bretagne, cela représente 150 M € en moins. Tous les plans d’aide, quels qu’ils soient, sont insuffisants, ce qui démontre l’importance du facteur prix. Ce prix du lait, aujourd’hui, c’est un peu comme si l’essence était moins chère que le pétrole brut : une tonne d’aliments coûte plus cher qu’une tonne de lait. La régulation et les prix, il n’y rien de tel : le reste, c’est du gagne-petit.

Quid du rôle des industriels ?

Canon vient dernièrement de publier ses résultats semestriels. Dans son argumentaire, l’entreprise parle de matière première à bon marché. C’est la vérité, mais c’est scandaleux ! Quant à Lactalis, on ne connaît pas ses résultats.
C’est toute l’histoire du pot de fer contre le pot de terre.

Quel levier actionner selon vous ?

Le ministre de l’Agriculture mène la danse en Europe pour la régulation mais une majorité de pays comme le Danemark ou les Pays-Bas n’ont pas cette approche. Le premier pays producteur, l’Allemagne, a rejoint la France mais cela ne suffit pas encore. Il faut une majorité des deux tiers pour donner aval à la Commission.
On a du mal à comprendre en France comment on peut être autant sans scrupule. Tout ce qui se passe est facile à comprendre mais tellement frustrant puisqu’on a l’impression de ne pas avoir prise. Il faut changer de politique et ne pas oublier les conséquences de celle qui est en cours. Mon voisin agriculteur a arrêté. Le contrôle laitier ne viendra plus chez lui, le vétérinaire non plus.