Les recettes par Maxime Picard

Monsieur le Président, mes cher.e.s collègues,

Un débat budgétaire ne doit pas se réduire à un débat d’experts sur la trajectoire financière de notre collectivité. Non, celles et ceux parmi nous qui ont une expérience, une expertise, des convictions, à faire valoir dans ce débat doivent en permanence se souvenir que cette session est en réalité une séance publique, où nous débattons du bon usage de l’argent public qui nous est confié.

J’utilise à dessein cette expression, mais je préférerais pouvoir directement faire référence à l’impôt prélevé et non à l’usage de l’argent public.

Car le mouvement des gilets jaunes a remis au centre du débat la question du consentement à l’impôt ; au-delà de la question essentielle de la juste répartition de l’impôt, un autre sujet a émergé, celui du lien entre l’impôt et le service rendu. Or, dans notre système encore et toujours trop centralisé, les échelons locaux ne décident jamais totalement d’un niveau de recettes fiscales équivalent à leur besoin global de recettes.

J’ai au cours du mois de janvier, lors des nombreuses cérémonies de vœux auxquelles j’ai pris part, eu l’occasion d’illustrer cette réalité en rappelant la maitrise déjà ancienne de nos dépenses de fonctionnement, même avec le transfert de dépenses dynamiques en matière de transport scolaire, et le fait que cela ne se traduisait pas, vu notre structure de recettes par une baisse éventuelle de taux d’un impôt dédié.

Espérons donc que le Grand Débat Public ouvert depuis quelques jours permettra de retourner à des choses simples en matière de gestion de l’argent public. C’est à ce prix que nos concitoyen.ne.s continueront de consentir à l’impôt.

Sur le fond, sans rebalayer tous les sujets évoqués par notre collègue Stéphane Perrin et à la suite de mon raisonnement précédent, il est bien sympathique de disposer pour 70% de notre budget de recettes fiscales. D’autres collectivités dépendent bien plus de dotations de l’Etat. Mais à l’intérieur de 70%, on a 58% de recettes fiscales sans pouvoir de taux …

Cette seule considération amuserait beaucoup les élus d’autres régions européennes, mais passons.

La conclusion de ce débat budgétaire en matière fiscale, ce sera le maintien de nos choix pour la taxe sur les cartes grises et sur la TICPE. Ce débat avait été passionnant et riche d’enseignements lors du débat d’orientation budgétaire. Je ne m’y attarde pas plus.

Quelques mots sur les dotations de l’Etat à proprement parler. Il se trouve qu’elles baissent pour ne représenter que 6.5% de notre budget primitif. On pourrait se plaindre de ces baisses et interpeller ceux de nos amis qui disent un peu vite qu’aucune dotation de collectivité ne baisse. Mais non, car à moyen et long terme, cette orientation est « en ligne » en réalité avec l’idée que nous nous faisons d’une région ayant les moyens d’agir pour sa propre cohésion sociale et territoriale.

Pour faire le lien entre nos priorités politiques et nos recettes, je veux prendre l’existence et réinsister sur le financement de la formation professionnelle et de l’apprentissage. Nous frôlons ici les 130 000 millions de recettes, et ce montant est en hausse par rapport à l’an dernier.

Cette politique, je le redis, est l’un des marqueurs essentiels de notre volonté de transformer l’économie bretonne et de la mettre au service des bretonnes et des bretons. C’est aussi le marqueur de notre volonté de ne laisser personne sur la route, de croire dans le talent de chacun, et de miser néanmoins sur le collectif, valeur cardinale en Bretagne. C’est enfin le signal d’une ambition pour toute la Bretagne, dans tous les territoires, en proximité, tant il a fallu ferrailler pour conserver des leviers d’investissements en matière d’apprentissage, en particulier. En outre, cet exercice budgétaire 2019 a commencé par le déploiement d’un embryon de droit du travail breton, destiné à protéger nos stagiaires de la formation professionnelle. Comme il se doit, cette première propose des protections qui pourront dépasser le droit national en vigueur, en permettant le cumul de notre aide régionale avec les minima sociaux, et le RSA en particulier.

Pour conclure, je vous propose de méditer sur cette citation de Winston Churchill. Notez que je vous la proposerai en anglais, ce qui augmente, certes mes chances de trébucher, mais surtout qu’elle soit attribuée au bon auteur.

« Courage is what it takes to stand up and speak ; courage is also what it takes to sit down and listen ».

Le courage est ce qu’il faut pour se lever et parler, mais le courage est aussi ce qu’il faut pour s’asseoir et écouter.

Je vais donc retourner m’asseoir et continuer de vous écouter toutes et tous.