Session du 28 novembre 2019
Débat général sur le SRADDET – Laurence Duffaud

Monsieur le Président, Mes cher.e.s collègues,

18mois après notre session consacrée à la Breizh COP, nous sommes de retour à Brest pour approuver notre Schéma Régional d’Aménagement Durable et d’Egalité des Territoires.

Je souhaitais ne pas entamer mon propos en utilisant un acronyme, SRADDET, car le législateur, par ce nom -Schéma Régional d’Aménagement Durable et d’Egalité des Territoires – nous renvoie à la réalité des enjeux présents et à notre responsabilité

Quand la Loi NOTRe de 2015, adoptée sous la présidence de François Hollande – parce qu’elle fait confiance aux territoires – demande aux régions d’élaborer ce schéma, elle nous dit clairement qu’aucune main invisible ne viendra répondre :

  • A l’enjeu du dérèglement climatique, de l’épuisement des ressources et de la destruction de la biodiversité
  • aucune main invisible ne viendra répondre à l’enjeu du nécessaire maintien de l’attractivité de la Bretagne, si ne nous voulons pas être une région reléguée au regard de notre position périphérique en France et en Europe
  • aucune main invisible ne viendra répondre à l’enjeu de la résorption des fractures territoriales et sociales

La loi demande donc aux Régions de prendre leurs responsabilités face à ces problématiques.

Ces défis s’imposent à nous. Soit nous les ignorons – comme le font les climato-sceptiques par exemple – et nous subirons. Soit nous nous organisons afin d’être en capacité de peser sur leur cours. C’est cette dernière voie que nous avons choisie.

Alors, nous aurions pu nous en tenir à la réalisation d’un SRADDET normatif, c’eût été plus confortable.

C’est, en somme, l’approche qui a été retenue par la plupart des Régions françaises. Prenons pour exemple la région Haut de France, que l’opposition de la Droite et du Centre aime nous citer souvent en exemple. Leur CESER dans son rapport-avis  – je cite l’introduction – « ne cache pas sa déception face à un document qui n’est pas à la hauteur des enjeux territoriaux de notre région». Tout est dit il me semble.

Nous, nous sommes persuadés que se joue dans cette affaire la Bretagne de demain que nous léguerons à nos enfants et à nos petits-enfants.

Nous avons dès lors souhaité dépasser le cadre restreint fixé par la loi – comme vous le disiez M.Le Président, – en ouvrant le débat à l’ensemble de la population régionale, dans la pluralité de ses composantes.

Comment concilier et organiser l’attractivité de notre région de telle sorte que ses effets en matière d’aménagement du territoire et de consommation des ressources soient bénéfiques – et non néfastes – pour l’ensemble de nos territoires et de ses habitants ?

C’est l’affaire de tous et de chacun. et telle est la raison qui nous a conduits à lancer cet appel à la mobilisation générale qu’est la Breizh COP.

Nous l’avons fait convaincus que l’avenir appartient à ceux qui s’en saisissent, non à ceux qui s’en détournent.

Dès l’origine, notre conviction a été que la Breizh COP ne pourrait aboutir que si chacun voudrait bien s’en emparer : Institutions, entreprises, associations, citoyens… !

Une mobilisation qui permette le recours à l’ensemble des outils disponibles, qu’ils soient prescriptifs, de nature contractuelle ou fondés sur l’engagement volontaire.

Alors certes, la voie que nous avons empruntée n’était ni la plus facile, ni la plus rapide.

Voilà dix-huit mois, Monsieur le Président et Madame la Vice-présidente, que vous vous dépensez sans compter, aux quatre coins de la Bretagne, afin d’impulser cette dynamique collective.

Voilà dix-huit mois que vous multipliez les rencontres auprès des élus locaux, des acteurs de la vie associative, du monde économique afin de forger ce consensus breton sur lequel repose notre avenir, et le cas échéant de lever les réserves et les appréhensions.

De toute évidence, ces efforts n’ont pas été vains si j’en juge d’après la qualité et l’ambition du SRADDET mais également des engagements issus de la Breizh COP relatifs au « bien manger pour tous » et à la feuille de route énergie/climat que nous avons également à adopter aujourd’hui.

Au nom de l’Alliance Progressiste des Socialistes et Démocrates de Bretagne, je veux  saluer, Monsieur le Président votre inlassable engagement – ainsi que celui de votre exécutif – au service de cette démarche et de la Bretagne.

Alors, quand je lis dans la presse que notre opposition de la droite et du centre, de façon collective – ou alors s’agit-il d’expressions individuelles-, dénonce une concertation insuffisante et une démarche top-down, les bras m’en tombent !

Mais finalement nous y sommes habitués, quand on ne veut pas assumer ses responsabilités, en parlant du fond, on assène des contre-vérités et on s’attaque à la forme. On dénonce le manque de concertation, on demande à repousser le calendrier, comme par hasard après les municipales, afin de ne pas prendre le risque de heurter certains intérêts particuliers ou d’ébranler certaines habitudes trop bien ancrées.

Nous, nous avons engagé la Breizh COP animés par la volonté de servir la Bretagne.

Servir la Bretagne, c’est promouvoir son rayonnement présent tout en la préparant aux grands défis auxquels elle a aujourd’hui et demain à répondre.

Mon objet ici n’est pas d’entrer dans le détail de mesures qui seront abondamment discutées dans la suite de ce débat.

Je saluerai simplement notre ambition collective fixée en matière, par exemple, de consommation foncière, de protection de la biodiversité, de renforcement des centralités, de développement de nouvelles formes de mobilité, de solidarité entre les territoires et de solidarité humaines.

Contre toutes les basses compromissions, contre toutes les postures cyniques, contre tous les calculs inavouables, notre seule motivation est la défense du bien commun.

Dans un monde où prévaut la tentation mortifère du « tout, tout de suite », cela, incontestablement, réclame du courage.

Le courage, c’est sans aucun doute le plus puissant des remèdes à la crise de la représentation politique que traverse notre pays. Le courage, c’est d’accepter la complexité des enjeux, de les expliquer et d’agir, c’est en somme, comme l’écrivait Jean Jaurès dans son « Discours à la jeunesse, « d’aller à l’idéal et de comprendre le réel ; c’est de chercher la vérité et de la dire ; c’est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe »

En effet, il nous en fallu, du courage, pour initier une telle démarche qui venait heurter frontalement les conformismes, les comportements routiniers, les petites frilosités qu’on veut nous faire passer pour de la sagesse.

On nous a dit qu’on faisait fausse route. On a réduit ce vaste chantier de transformation de la Bretagne à une mauvaise opération de communication politique.

Mais nous avons tenu bon. Nous avons laissé dire et nous avons travaillé.

Le débat qui nous rassemble aujourd’hui est le plus cinglant des démentis à toutes celles et ceux qui ont douté de notre détermination et de la force de nos convictions.

Nous touchons au but.

Ce succès, ma conviction est qu’il est le fruit du courage auquel Jaurès exhortait la jeunesse voici plus d’un siècle.

Le courage, d’abord, de miser sur l’intelligence collective des Bretonnes et des Bretons.

Rien de plus audacieux qu’un tel pari, en ces temps difficiles qui favorisent le repli sur soi,  les peurs les plus irrationnelles, les réflexes les plus égoïstes, l’indifférence coupable aux malheurs d’autrui.

Bien sûr, nous ne sommes pas à l’abri de ces dérives mais sans doute y résistons-nous mieux qu’ailleurs.

La cohésion bretonne est beaucoup plus qu’un slogan, elle est une réalité qui se nourrit aux sources d’un esprit mutualiste aiguisé et d’une méfiance instinctive à l’endroit des schémas autoritaires imposés du sommet.

C’est sur ce terreau fertile que nous avons su nous appuyer pour impulser cette dynamique collective, par-delà nos différences, et parfois nos divergences. Tel est le plus précieux de nos atouts.

Le courage, c’est aussi d’oser voir loin, et pour ce qui nous concerne à l’horizon 2040.

Je l’ai dit, nous avons l’ambition d’œuvrer non seulement pour nos contemporains, mais également pour les générations futures.

Là aussi, le pari peut paraître quelque peu osé, voire complètement fou, dans une société où les réseaux sociaux et les chaînes d’information en continu ont imposé le culte de l’éphémère et de l’instantané.

Les acteurs publics souffrent aujourd’hui d’une sévère myopie, leur champ d’action, le plus souvent, ne s’étend pas au-delà de l’exercice budgétaire ou du mandat en cours.

« Tout et tout de suite», tel est le but qui semble poursuivi, conformément aux exigences d’une époque où tout va de plus en plus vite et où la réactivité, fût-elle parfaitement irréfléchie et contre-productive, fait figure de vertu cardinale.

Mais pour quels résultats ? Bien loin de combler les attentes de nos concitoyens et concitoyennes, cette dérive de l’immédiateté les éloigne d’une scène politique perçue comme fébrile et inconsistante.

Ce discrédit croissant tient à la perte de sens qui entoure l’action publique.

On se contente d’expliquer ce qu’on va faire sans jamais expliquer pourquoi on le fait. On décrit sans jamais mettre en perspective. La politique devient un sous-produit de la technocratie.

Voilà aussi pourquoi nous avons fait la Breizh COP. Parce qu’une action publique ne peut devenir signifiante que si elle s’inscrit dans un récit.

Un récit qui dit d’où l’on vient, où l’on est et où l’on veut aller.

Seule l’insertion dans le temps long peut en effet permettre l’émergence de grands projets susceptibles de redonner à la politique à la fois du sens, du souffle et de la consistance.

Construire tous ensemble la Bretagne de 2040 est de ces projets dont nous croyons au caractère mobilisateur dans la mesure où, justement, ils constituent pour chacun et chacune  un appel au dépassement de soi.

Voilà bien notre pari – l’avenir de la Bretagne fait partie de ces causes qui ne manqueront jamais de combattants et combattantes dès lors que la démarche qu’on leur propose est porteuse de sens.

Le courage, enfin, c’est d’assumer la complexité des enjeux auxquels nous avons à répondre et d’agir dès aujourd’hui.

Le défi, là aussi, est de taille, tant il devient difficile, quand on veut être entendu, de tenir une position nuancée et équilibrée.

Le temps est aux postures manichéennes des bateleurs et bateleuses d’estrade qui parlent haut et fort, parce qu’ils ou elles espèrent ainsi emporter l’adhésion

En ce qui nous concerne, nous refusons de céder à cette solution de facilité.

Nous respectons la diversité des composantes socio-économiques et l’ensemble des engagements partisans républicains qui s’expriment en Bretagne.

Mais notre responsabilité première, en tant qu’institution, est de veiller à définir et  préserver l’intérêt général et à protéger les plus fragilisés..

A ce titre, il nous faut donc créer un climat qui vise à apaiser et non à diviser, et encore moins à stigmatiser.

A plus forte raison lorsque le législateur nous confie la rédaction d’un schéma tel que le SRADDET, qui fixe des objectifs en lien avec un grand nombre d’enjeux :

Equilibre des territoires, désenclavement des zones rurales, habitat dans une perspective de non assignation à résidence et de non relégation, gestion économe de l’espace, intermodalité et développement des transports, maîtrise et valorisation de l’énergie, lutte contre le réchauffement climatique, protection de la biodiversité, gestion des déchets…

Nous ne sommes évidemment pas naïfs. Les problématiques en jeu induisent des points de crispation, voire de véritables lignes de fracture qui traversent la société bretonne.

Dans le contexte présent, certains peuvent être tentés d’exacerber ces tensions pour servir leurs intérêts particuliers ou partisans.

Ce n’est pas la voie que nous avons souhaité emprunter.

Opposer préservation de la biodiversité et développement économique, développement économique et progrès social permet sans doute de développer un discours simpliste et séduisant.

Mais ce n’est pas sur cette opposition que se construira la Bretagne attractive et solidaire que nous voulons léguer aux générations futures.

Notre but à nous est de parvenir à concilier ce qu’on nous présente parfois comme inconciliable.

A titre d’exemple, nous croyons tout à la fois possible d’intensifier l’effort de réduction de consommation du foncier et de créer les conditions d’accueil de plusieurs centaines de milliers de nouveaux habitants dans les décennies à venir. Car notre vision politique est bien l’accueil : de nos seniors, de nos enfants, mais également de nouvelles populations.

Ce n’est évidemment pas simple, c’est même d’une grande complexité, mais nous avons justement été élus pour nous confronter à cette complexité et agir dès aujourd’hui.

C’est cela aussi le courage au sens jauressien du terme.

Monsieur le Président, mes cher.e.s collègues,

Rien ne nous contraignait à initier cette vaste démarche de concertation qu’à été la Breizh COP, ni à élever à ce point le niveau d’exigence dont témoigne notre SRADDET. Nous ne l’avons pas fait – excusez-moi moi pour la trivialité de mon expression – pour faire suer les collectivités, les bretonnes et les bretons.

Nous l’avons fait, convaincus que nous disposions là :

  • d’une part, d’une rare opportunité de réappropriation du débat public par la société bretonne,
  • et d’autre part, d’un levier irremplaçable d’adaptation de la Bretagne aux grands défis structurels qui l’attendent, en somme construire la Bretagne de demain.

L’ambition des deux documents qui nous sont soumis démontrent combien les choix courageux que nous avons opérés étaient pertinents.

Alors certains trouveront notre SRADDET trop contraignant d’autres pas assez prescriptif.

Nous le savons notre travail n’est pas fini. Nous savons pertinemment qu’il nous faut y associer encore plus nos concitoyens et concitoyennes et les futur.e.s élus issus du scrutin de mars 2020. Nous nous appuierons pour ce faire sur la phase de l’enquête publique Il nous faudra également réinterroger l’ensemble de nos politiques régionales au regard des objectifs de la Breizh COP et de notre SRADDET.

Notre groupe politique est fier d’être porteur de cette belle aventure, qui va se poursuivre dans les mois à venir.

Je vous remercie pour votre attention.