Tribune d’Olivier Allain – Vice-président de la Région Bretagne en charge de l’agriculture et de l’agroalimentaire – Août 2019

L’agroécologie sauveuse de l’humanité ?

Depuis la nuit des temps, l’agriculteur a eu pour mission essentielle de nourrir les hommes. Aujourd’hui, il peut aussi jouer un nouveau rôle majeur et apporter des réponses rapides aux dérèglements climatiques en restaurant la biodiversité.

Depuis les accords de Paris sur le climat et le dernier rapport du GIEC nous savons l’importance des sols pour préserver la sécurité alimentaire et le climat. Ainsi, par exemple, le projet 4/1000 lancé lors de la COP21 a pour but d’augmenter la capture du carbone par les sols et fixe 3 objectifs atteignables :

– enrichir les sols en matière organique (MO) dans les 30 à 40 premiers centimètres, car un sol riche en MO et donc en carbone est plus productif, plus résistant à l’érosion et à la sécheresse. Les techniques pour augmenter le taux en MO des sols et ainsi piéger des gaz à effet de serre sont aujourd’hui connues. Cela passe par le développement des techniques de conservation des sols, de rotation des cultures, de semis directs et de non labour, mais aussi par la présence des haies et des arbres dans nos paysages agricoles.

– développer massivement la production de légumineuses fourragères pour accroitre la production d’azote dans le sol qui, au final, permettra d’utiliser moins d’engrais chimique pour produire nos propres protéines en remplacement du soja d’importation. Elles réduisent les lessivages de nitrates et donc améliorent la qualité de nos rivières. Et elles limitent aussi les émissions de protoxyde d’azote, puissant gaz à effet de serre qui représente plus de 50% des GES d’origine agricole.

– couvrir les sols en permanence pour valoriser la photosynthèse et produire un maximum de biomasse. La Bretagne a été la 1ère région française, pour des raisons réglementaires, à imposer les couverts végétaux et la couverture permanente des sols qui, au-delà de piéger les nitrates, favorisent la vie microbienne du sol.

Désormais, l’Europe grâce à la Politique Agricole Commune (PAC) et ses 60 milliards annuels peut impulser de véritables changements. Une réforme est en préparation et les premiers signaux de la Commission sont très négatifs puisque le budget serait en diminution de 15%. Alors, qu’au contraire, il faudrait augmenter les aides qui encouragent l’agroécologie. Pour cela, une contractualisation régionale permettrait de mettre en œuvre un projet agricole productif à bas carbone et préservant la biodiversité. Il faut soutenir la performance environnementale.

En Bretagne, la région gestionnaire d’une partie des fonds de la PAC a contractualisé avec près de 5 000 agriculteurs sur des mesures prônant l’agriculture biologique ou à bas intrants. La Région a eu cette ambition politique et financière d’investir 220 millions d’euros pour accompagner la transformation de ses agricultures en préservant leur efficacité économique, écologique, sociale et en rendant l’agriculture bretonne plus résiliente.

L’agroécologie n’est pas l’ennemi de la compétitivité loin s’en faut. C’est la clé pour retrouver du revenu, de la confiance et répondre aussi aux attentes des consommateurs.

Donnons la noblesse qu’elle mérite à cette fine couche sur laquelle nous vivons qu’est le sol et accompagnons les agriculteurs en renforçant et accompagnant la transformation qui est en cours dans les régions françaises. Respecter nos sols, c’est aussi nous respecter nous-mêmes et respecter les futures générations !