Conseil régional de Bretagne – Session du 22 juin

Avis du Conseil régional sur le Projet Régional de Santé Bretagne 2018-2022 élaboré par l’Agence Régionale de Santé

Intervention de Sylvaine Vulpiani

Monsieur le Président,
Mes cher.es Collègues,
Mesdames et Messieurs,

Vous avez devant vous, et ma collègue Anne Troalen vient d’en faire la présentation, les raisons pour donner un avis réservé sur le Plan Régional de Santé n°2.

Et ce, malgré les avancées notamment en matière de prévention.

Pour ce PRS on peut voir le verre à moitié plein OU le verre à moitié vide.
Mais quand il s’agit de santé je préfère voir le verre à moitié vide.
Et complètement vide pour ce qui concerne la question des inégalités de santé liées aux sexes.

Juste deux points :
Dans le schéma régional de santé il est écrit, je cite : « Pour les naissances, l’organisation de l’offre doit se conformer au respect des normes de sécurité en périnatalité ».
Sur ce point nous ne pouvons qu’approuver.
La sécurité est primordiale et non négociable ! Mais, ou si vous préférez en même temps, il est dit « et mettre en œuvre une gradation des soins conforme aux activités constatées et aux moyens mobilisés et là où des fragilités sont repérées (démographie médicale, limites architecturales…), les coopérations doivent apporter des réponses lisibles et stabilisées ».

Et nous en arrivons à la situation de la maternité de Guingamp dont la décision, on peut s’en féliciter, vient d’être suspendue. Mais suspendue. Nous resterons vigilants sur ce point. Comme pour le service de cardiologie de Morlaix dont Madame Lebrun a parlé tout à l’heure.

Faute de moyens, en l’espèce humains, le résultat est une d’adaptation de l’offre de soins. Une orientation pragmatique. Mais le pragmatisme est une méthode et non une valeur.
Alors, allons-nous voir d’autres centres hospitaliers, services suivre le même chemin.
Eloigner toujours plus l’usager des centres de soins. Ce problème est hélas national.
Nombre de territoires vivent la même situation qui est le fruit d’un manque criant de médecin.

Des solutions incitatives dont plusieurs ont été évoquées, ont été mises en place avec le résultat que nous connaissons.
Le renfort de médecins étrangers n’a pas endigué le phénomène. Et l’augmentation du numérus clausus ne produirait d’effets que dans 7 à 10 ans.

Résultat : Les hôpitaux publics font appel massivement à des médecins intérimaires avec un coût exorbitant pour ces établissements au budget fragile pour ne pas dire déficitaire, qui ne fait qu’aggraver les problèmes.
Un rapport parlementaire de 2013 chiffre ce recours à l’intérim à 500 millions d’euros par an.

Quant à la télémédecine. Certains voudraient y voir une réponse à la désertification médicale. Si au regard des progrès techniques la télésurveillance comme la télé-expertise peuvent être un gain pour la santé des usagers, le développement de la téléconsultation ne doit pas se substituer aux rapports humains.
Et dans un parcours de soins faisant appel à des communications via le numérique, pour certains patients, c’est simplement impossible.

Devant cette crise de la démographie médicale, parce que je pense que l’on peut parler de CRISE, c’est un problème plus général qui doit être soulevé. Celui de la liberté d’installation.
Sans tout remettre en cause, il n’est peut-être pas incongru de demander aux médecins d’exercer dans des zones en tension, voire je vais peut-être dire un gros mot : d’obliger.
Je suis heureuse, comme l’a signalé tout à l’heure Mme Anne Troalen, que le groupe de travail sur la différenciation ait soulevé ce problème.
Merci Monsieur Le Boulanger et merci à votre groupe pour avoir mis en avant cette question qui pose un sérieux problème d’aménagement du territoire.

Un grand nombre de mesure est de la responsabilité de l’État pour avoir la certitude d’être soigné quelle que soit notre condition quel que soit notre lieu de vie. Il est grand temps que l’État prenne la mesure des difficultés dans nos territoires.

Je vous remercie

(seul le prononcé fait foi)