Monsieur le président, chers collègues,

Je veux vous dire que mener une politique pour la mobilité des bretonnes et des bretons, c’est à mes yeux lutter contre 2 fatalités, celle des freins à la mobilité selon l’expression consacrée, et celle de la concentration des activités économiques et, à la suite, la concentration des populations dans les métropoles et grandes agglomérations.

Pour que les Bretonnes et les Bretons puissent bouger en Bretagne, nous avons fait le pari d’investir dans des infrastructures routières et ferroviaires. Pas pour elles-mêmes, mais pour répondre à la demande et aux usages des bretonnes et des bretons. Nous n’y étions pas juridiquement contraints, nous y sommes allés malgré tout, et avec quelle énergie. Mais nous savons cette politique insuffisante si nous n’agissons pas sur tous les autres moyens de transport et si nous n’étions pas attentifs aux situations de chaque territoire.

Car chaque territoire est différent, et pour l’illustrer, je vais prendre deux exemples insulaires. Permettre la mobilité pour une Groisillonne ou un Groisillon, c’est lui assurer la fiabilité de la liaison maritime entre Groix et Lorient. C’est simple à comprendre. Mais assurer la mobilité d’un habitant de Belle-Ile, ce n’est pas que s’assurer qu’il puisse accéder au continent, à Quiberon. Il faut bien se poser la question, comment, de Quiberon, il se déplace jusqu’à Auray, voire Vannes. La question de la gare maritime de Quiberon, de la ligne ferroviaire et de la route Auray-Quiberon sont des sujets à traiter.

Et puis la question des mobilités, c’est s’interroger sur le pourquoi des collégiens de Crevin, dans le Sud de l’Ille-et-Vilaine, disent ne jamais être allés à Rennes, pourquoi si nous organisons une formation à Lorient, les Vannetais refusent d’y aller et réciproquement, alors qu’ils acceptent d’autres déplacements presque aussi contraignants.

Nos réponses sont là multiples : appui aux missions locales, abondement aux fonds d’aides départementaux aux jeunes, démultiplication des lieux de formation pour les rapprocher des publics … Ou encore soutien aux acteurs innovants en la matière.

On peut évoquer néo-mobilités, porté par Néo-emplois dans l’Est du Morbihan. Néo mobilités, c’est simple, c’est une auto-école itinérante et du prêt de véhicule à 5€ par semaine pour ici un entretien d’embauche, là les premiers mois de travail avant d’acquérir son propre véhicule.

Mais il ne faut pas oublier l’autre fatalité qui nous guette : la concentration de l’économie dans les grands centres urbains et les conséquences pour l’habitat et nos territoires.

La semaine dernière, le commissaire général de France-Stratégie a répété son leitmotiv qui s’apparente à mes yeux à une grosse bêtise: il rappelle qu’un emploi sur 2 en France est créé dans nos métropoles. Puis il commente, je le cite : « cela démontre que nos métropoles irriguent nos territoires ». S’agissant d’un chiffre démontrant la concentration de l’emploi dans les métropoles, le mot « irriguer » me paraît bien optimiste.

Heureusement, cette situation n’est pas la nôtre, et nous agissons pour que ce ne soit pas le cas. Le Très haut débit partout, les appels à projets pour l’attractivité des centres bourgs et des villes moyennes, la politique territoriale de manière globale, le soutien aux entreprises, sur leurs besoins de recrutement, de formation, d’innovation, tout cela concourt à maintenir les activités économiques là où elles sont implantées, partout sur nos territoires.

Il faut bien cela pour ne pas s’en remettre à la main invisible du marché. Parce que faire le pari que les grandes entreprises porteront demain, quasi spontanément, le déploiement du très haut débit ou la transition environnementale, c’est oublier qu’à Molac, France-Telecom n’a toujours pas installé l’antenne relai pour la téléphonie mobile, ou plutôt si, mais l’antenne amené le mois dernier, enfin, sur le site ne semble pas fonctionner.

Pour que les salariés de Procanar continuent de travailler à Lauzach, il faut s’assurer que les départs en retraite à venir soient remplacés par des demandeurs d’emplois du cru. Nous y veillons et nos équipes coopèrent d’ores et déjà avec la communauté de communes pour faire du « sur mesure » sur ce dossier, comme sur beaucoup d’autres.

Bref, vous le voyez, permettre aux bretonnes et aux bretons de se bien loger, là où ils veulent vivre, tout en ayant un accès effectif aux services de proximité nécessaires, commerciaux, culturels, à leur lieu de travail, à la formation professionnelle et, pour leurs enfants, à des lieux d’éducation et d’apprentissage du vivre ensemble, c’est une politique globale qu’il faut attaquer par tous les bouts.

C’est au fond un parfait résumé du débat d’orientations budgétaire d’hier. Car c’est le cœur de notre politique régionale.

Je vous invite pour conclure à réfléchir à cette citation de Kwame Nkrumah, Président du Ghana :

« Those who would judge us merely by the heights we have achieved would do well to remember the depths from which we started. »

« Ceux qui nous jugent simplement sur les hauteurs que nous avons conquises feraient mieux de se rappeler des profondeurs dont nous partions ».

Télécharger le discours en PDF : Contribution aux Assises nationales de la mobilité_Maxime Picard