Conseil régional de Bretagne – Session du 22 juin 2018

Discours de politique générale

Intervention de Forough Salami-Dadkhah

Monsieur le Président,
Mes cher.e.s collègues,

Aucun Breton n’a jamais été élu président sous la Ve République, mais l’ensemble des chefs de l’Etat ont toujours eu à cœur de visiter régulièrement la Bretagne.

Ainsi, Nicolas Sarkozy s’y est rendu à plusieurs reprises.

François Hollande quant à lui s’y est déplacé chaque année durant son quinquennat.

Toujours, le rituel a été identique. Les uns se réjouissent lorsque les autres se montrent critiques.

Dans les discours qu’ils ont prononcés, le ton était souvent séducteur et les engagements nombreux !

C’est à ces derniers que le Conseil régional s’est toujours montré attentif.

Les déplacements présidentiels, traditionnellement, peuvent être l’occasion de lever des points de blocage importants.

C’est dire si la visite d’Emmanuel Macron en Bretagne était attendue par les acteurs régionaux avec beaucoup d’impatience.

Elle impacte nécessairement la tenue de notre session.

Ne serait-ce que par l’inscription à son ordre du jour d’un contrat financier entre l’Etat et la Région dont le contenu est diversement apprécié.

Monsieur le Président, hélas, il faut signer ce document.

Pas parce que nous adhérons à sa philosophie, mais parce que nous devons faire preuve d’esprit de responsabilité devant les contribuables Bretons.

Que se passera-t-il si nous nous abstenons ? Nous encourrions une pénalité susceptible de s’élever à 24 millions d’euros par an.

24 millions, c’est le montant de l’effort que nous avons consenti en 2017 en faveur de la recherche et de l’enseignement supérieur.

Dans le document qui nous est proposé aujourd’hui sur ce sujet.

Il y a un mot dans la langue française qui le qualifie fort bien : ce contrat est léonin.  C’est à dire qu’il fait la part belle à celui qui le propose.

Certes, les négociations avec l’Etat ont abouti à une prise en compte effective du plus grand nombre de nos revendications en matière d’effets de périmètres.

Certes, les baisses de dotation que nous avons subies sous la précédente législature appartiennent désormais à un passé révolu.

Tout cela est positif, et il faut s’en réjouir.

Il n’en demeure pas moins que, pour la plupart d’entre nous, dans cet hémicycle, nous sommes des décentralisateurs.

Or, être décentralisateur, par définition, c’est être attaché au principe constitutionnel de libre administration des collectivités territoriales.

Nos prédécesseurs se sont battus pour la consécration de ces libertés locales auxquelles, en Bretagne, nous sommes si attachés.

Personne dans cette assemblée ne souhaite un grand retour en arrière.

L’Etat a tout intérêt à instituer avec les territoires de ce pays un lien de franche confiance enfin débarrassé des vieilles suspicions du passé.

On bâtit beaucoup plus solidement avec des partenaires qu’avec des assujettis.

Ce partenariat, fondé sur des engagements réciproques, la Région l’a proposé au Gouvernement en février dernier.

Oui à une contribution effective des collectivités bretonnes à l’objectif de maîtrise de leurs dépenses de fonctionnement, mais en échange de garanties de l’Etat :
– quant à la concrétisation du pacte d’accessibilité ;
– quant à la mise en œuvre d’un droit à la différenciation.

Dans son discours de Quimper, le chef de l’Etat a pu préciser hier sa position sur chacune de ces deux revendications.

Reconnaissons qu’il s’est montré réceptif quant aux enjeux en matière d’accessibilité.

Monsieur le Président, à l’issue de la dernière CTAP, vous avez su unir l’ensemble des élus bretons dans leur diversité pour adresser votre lettre au Président de la République.

Nous sommes heureux de constater qu’elle a été prise en compte par ce dernier.

Dans l’attente du plan d’actions concrètes, le chef de l’Etat a d’ores et déjà pris un certain nombre d’engagements.

Sur le développement des aéroports régionaux, sur l’achèvement de la RN 164, sur l’amélioration de la desserte ferroviaire, sur le déploiement de la fibre.

Ces engagements rejoignent pour une large part les revendications que nous avons collectivement portées dans le Pacte d’accessibilité.

Je retiens aussi que l’objectif de placer Brest et Quimper à trois heures de Paris demeure un objectif partagé par l’Etat…

Tout en regrettant qu’aucun élément précis de calendrier ne soit communiqué à ce stade.

Sur ce sujet d’un intérêt stratégique, nous allons devoir continuer à nous battre.

Je me félicite ensuite de l’intérêt manifesté par le Président de la République à l’égard de nos propositions en matière de différenciation.

Ce qu’il appelle la « décentralisation de projets », et dont il veut faire de la Bretagne un laboratoire.

J’ai noté qu’un Pacte breton avec l’Etat serait conclu avant l’hiver. Et aussi que de nouvelles délégations de compétences pourraient nous être transférées.

Toutes ces annonces sont très prometteuses.

Leur concrétisation doit être à la hauteur des espoirs qu’elles ont fait naître hier midi.

La Région entend jouer un rôle actif en ce sens dans les mois qui viennent.

Par ailleurs, voilà un an jour pour jour, Monsieur le Président, vous étiez élu à la tête de notre assemblée.

Une année pleine au service de la Bretagne.

Douze mois, c’est long et court à la fois.

Ce peut être long à l’échelle d’une vie, lorsqu’on a la volonté d’être utile au quotidien à plus de 3 millions de ses concitoyens.

C’est au contraire extrêmement bref à l’échelle de l’histoire de cette vieille péninsule armoricaine qui porte son nom depuis déjà quinze siècles.

La Bretagne ne se préside pas comme une circonscription administrative, car elle est beaucoup plus que cela.

Cette terre a une longue histoire.

Elle est le produit de ceux qui sont nés ici, comme vous, et de ceux qui, comme moi, ont choisi de s’y installer.

Ensemble nous formons une communauté, qui a toujours su se renouveler pour se projeter vers l’avenir.

Cette singularité a un prix. La Bretagne ne s’administre pas dans la tyrannie de l’immédiateté.

Présider cette Région, en tout cas le faire bien, est nécessairement une école de l’humilité.

L’entreprise est affaire de passeur plus que de sauveur, elle exige d’inscrire son action dans le temps long.

Un temps long dont la prise en compte conduit à impulser des politiques dont les effets ne profiteront qu’aux générations futures.

Il faut un courage certain pour s’engager dans cette voie, tant nous sommes tous soumis à un système fondé sur le diktat du court-termisme.

Ce courage de redonner du sens et de la perspective à notre action collective, vous l’avez eu, Monsieur le Président, en initiant cette stimulante démarche de la Breizh COP.

« Nous empruntons la terre à nos enfants », affirme un proverbe africain.

C’est fort de cette conviction que vous avez souhaité lancer cette belle aventure.

C’est aussi la volonté d’inscrire l’action régionale dans le temps long qui conduit notre collectivité à se mobiliser sur l’enjeu fondamental des programmes européens post-2020.

La proposition de cadre financier 2021-2027 publiée début mai par la Commission européenne suscite une très vive inquiétude :

Elle implique notamment une forte baisse du budget de la PAC, dont la Bretagne ne peut se satisfaire.

Au-delà, c’est un véritable processus de renationalisation des enveloppes qui semble se profiler.

Nos préoccupations portent tout particulièrement sur le FEADER.

En l’état des propositions de la Commission, les Régions ne pourraient en effet demeurer autorité de gestion de ce fonds.

C’est bien entendu inacceptable pour la Bretagne.

J’ai heureusement été soulagée d’entendre le Président Emmanuel Macron partager notre position sur cet enjeu.

Il s’est en effet dit prêt à envisager que les Régions françaises conservent leurs responsabilités concernant les aides du second pilier.

Nous comptons sur son soutien dans la phase de négociations à venir avec les institutions européennes.

L’appréhension du temps court est en réalité aussi cruciale que celle du temps long.

Si le temps long est celui de la préparation, le temps court est celui de la réparation.

J’en veux pour preuve la rapidité avec laquelle, ces jours derniers, vous avez su répondre à la situation de détresse de la filière apicole bretonne.

Rappelons l’ampleur du désastre qu’elle traverse actuellement : 20 000 colonies d’abeilles décimées ces derniers mois, une mortalité qui atteint jusqu’à 70 % du cheptel dans certaines ruches, un nombre croissant d’exploitations au bord de l’asphyxie…

Les apiculteurs ont tiré la sonnette d’alarme début mai ; en quelques semaines à peine, la Région a pu leur soumettre un plan de soutien financier.

Cette réactivité a été hautement appréciée par les acteurs de la filière.

Nous avons fait notre part, maintenant c’est à l’Etat et à la Mutualité sociale agricole de prendre leurs responsabilités.

Peut-être n’êtes-vous pas, Monsieur le Président, un maître des horloges…

Votre investissement de ces douze derniers mois n’en atteste pas moins d’une emprise certaine sur le temps de l’action.

Sur le temps long qui prépare, sur le temps court qui répare.

Réparer et préparer à la fois, tel est bien l’ambitieux objectif qui a été atteint sur le dossier Doux.

On ne soulignera jamais assez le rôle exemplaire joué par la Région dans l’élaboration de la solution de reprise validée par le tribunal de commerce de Rennes le 18 mai dernier.

La validation de ce plan constitue une belle victoire pour la Bretagne.

D’abord, bien sûr, parce qu’il présente le grand avantage de préserver l’essentiel des emplois.

Rien n’était en effet joué, et la procédure de liquidation judiciaire engagée à l’encontre de la société Doux aurait pu connaître une issue beaucoup plus dramatique.

La Région a largement contribué à créer les conditions d’un succès qui, loin de se contenter de préserver l’existant, a le mérite de préparer l’avenir.

Tel était le prix de notre participation à ce projet de reprise.

Nous avons voulu au contraire un véritable plan de refondation, qui pose les jalons d’un nouveau modèle breton de l’agroalimentaire.

Un modèle fondé sur la montée en gamme et adapté aux grands défis du temps présent et du futur.

Ce plan, nous l’avons désormais.

Les conditions sont ainsi réunies pour un renouveau de cette industrie bretonne emblématique, facteur essentiel du rayonnement économique futur de notre région.

Ce renouveau, hélas, s’opérera sans Tilly-Sabco, dont la liquidation judiciaire a été prononcée par le tribunal de commerce de Brest le 24 avril dernier.

Force est de constater que l’entreprise avait connu une succession de plans sociaux ces dernières années.

Personne ne pouvait ignorer les lourdes menaces qui pesaient sur elle.

La Région et Morlaix Communauté l’ont toujours activement soutenue lors des différentes crises qu’elle a traversée mais, faute de repreneurs, l’activité n’a pu être maintenue.

Nous pensons aux 64 derniers salariés de la société, dont l’implication au service de leur entreprise ne s’est jamais démentie.

Chacun d’entre eux peut compter sur l’investissement déterminé de la Région afin de l’accompagner vers un nouvel emploi.

Pour finir Monsieur le Président, la vie d’une collectivité, à l’instar de celle d’un individu, est une longue marche faite d’avancées, mais parfois aussi de déceptions.

Pour notre part, nous avons un cap, ambitieux, et de solides jalons ont été posés afin de l’atteindre.

Pleinement investis sur les enjeux du temps présent, nous pouvons envisager avec sérénité la construction de la Bretagne de demain et de celle d’après-demain.

(Seul le prononcé fait foi)