Session des 7, 8 et 9 février 2018 – Conseil régional de Bretagne
Pacte d’accessibilité par Fanny Chappé

Monsieur le Président, Mes chers collègues,

La Bretagne va donc signer son Pacte d’accessibilité, au terme d’un long processus de concertation avec l’Etat.

Un processus entamé à la suite de l’abandon du projet d’aéroport de Notre-Dame des Landes, qui aboutit dans un contexte anxiogène, marqué par les difficultés à parvenir à un accord sur le Brexit.

Ces deux événements d’ailleurs viennent rappeler combien notre Région est vulnérable en raison de son caractère périphérique.

Combien aussi le défi de son accessibilité est un enjeu vital et un combat permanent.

Rien ne nous a jamais été offert spontanément, nous avons toujours dû nous battre pour obtenir la prise en compte de nos intérêts.

Ainsi, sous le Second Empire déjà, Il fallut un vaste mouvement de mobilisation des classes dirigeantes bretonnes pour que la Bretagne qui souffrait alors d’un sous développement chronique voie enfin l’arrivée du train.

Près d’un siècle plus tard les Bretons prennent conscience des blocages persistants auxquels est confrontée notre Région, en raison notamment de son sous équipement structurel en termes d’infrastructures.

En 1951 le Comité d’Etude et de Liaisons des intérêts bretons voit le jour.  Le fameux CELIB rassemble des hommes au-delà  de leurs divergences partisanes qui ont la volonté de moderniser la Bretagne.La réalisation la plus significative du CELIB, longtemps présidé par René Pleven, sera évidemment le réseau routier à deux fois deux voies, et sans péage, qui maille aujourd’hui notre région.

Pourquoi je me permets un rapide rappel historique ? Pour rappeler que l’enjeu de l’accessibilité jalonne l’histoire de notre Région depuis le second Empire. Et c’est pour cela que je parlais en introduction dans mon propos de « combat permanent ».

Alors évidemment la Bretagne n’est fort heureusement plus dans la triste situation  où elle se trouvait au milieu du XIXème siècle.

L’Etat n’est plus non plus cette puissance tutélaire omnipotente, aux ressources financières quasi illimitées, qu’il était à l’époque de Napoléon III ou de Charles de Gaulle.

Il ne s’agit pas évidemment pas, dans le cas présent, de doter notre Région d’outils aussi révolutionnaires qu’un réseau ferroviaire ou qu’un réseau routier flambant neuf qu’on nous offrirait sur un plateau…

Mais ce pacte n’est est pas moins utile. Il est utile à la Bretagne dans son ensemble, il l’est tout autant à chacun des territoires qui la composent.

Il est utile d’abord parce qu’il va contribuer à conforter la cohésion territoriale de la Région.

A titre d’exemple, l’accélération des travaux de mise à deux fois deux voies de la RN 164 constitue un puissant levier de désenclavement pour tout le Centre Bretagne.

Il est utile aussi parce qu’il contient plusieurs avancées de nature à favoriser l’ouverture de notre Région sur le monde.

Je pense en particulier à tout le volet aéroportuaire du document, qui vise à accompagner les aéroports de Brest et de Rennes dans leur stratégie de montée en puissance et dans leurs projets de développement à l’international.

Il est ensuite utile pour l’attractivité de nos places portuaires – et je pense en particulier à celles du littoral nord, Brest, Roscoff et Saint-Malo.

On sait leur potentiel de développement, mais aussi combien celui-ci peut être menacé pour un Brexit dont nul à ce jour ne mesure encore précisément les conséquences.

Il faut se réjouir à ce propos dans cette optique de l’engagement de l’Etat de tout mettre en œuvre afin  de garantir une fluidité optimale des échanges trans-Manche.

Ce pacte est utile encore parce que, concrètement, il doit permettre, à plus ou moins longue échéance, de rapprocher Quimper et Brest de Paris, et par conséquent de l’ensemble de l’Europe.

Il est utile enfin parce que, du fait des avancées obtenues sur la section ferroviaire Rennes-Redon, nous allons pouvoir densifier nos liens entre la Bretagne administrative d’une part, Nantes et la Loire-Atlantique de l’autre.

Suffisamment de vœux ont été votés sur la question dans cet hémicycle pour ne pas se réjouir d’une telle évolution !

Oui, ce Pacte est utile, incontestablement. Cela ne signifie évidemment pas qu’il soit parfait.

Nous devrons donc continuer à nous battre pour obtenir des réponses adaptées sur les enjeux qui restent en suspens dont certains sont essentiels pour le rayonnement futur de la Bretagne.

Mais, globalement, ce Pacte a le grand mérite de ne laisser personne sur le bord du chemin (de fer).

Il contient des avancées pour l’ouest breton comme pour l’est, pour le nord comme pour le sud, pour le littoral comme pour l’intérieur, pour les villes comme pour les campagnes.

Y renoncer n’aurait aucun sens. Personne n’aurait rien à y gagner, tout le monde y perdrait. Et redisons le, ce n’est pas la fin de l’histoire.

A ceux qui disent que ce texte manque d’ambition et perspective je rappelle qu’il y a lieu de considérer le pacte, non comme une ligne d’arrivée mais comme une ligne de départ à partir de laquelle on peut avancer.

Il appartiendra à d’autres que nous, demain ou après-demain, de poursuivre ce combat.

Mais pour ce qui nous concerne, sachons déjà consolider les acquis que nous avons obtenus de haute lutte et les faire fructifier.

En procédant ainsi, nous rendrons un grand service à la Bretagne.

Trugarez,
De qheur,
Merci.