Les langues régionales par Catherine Saint-James

Monsieur le Président,
Mes cher.e.s collègues,

Depuis 2004, la promotion des langues de Bretagne constitue un marqueur fort de notre majorité régionale.

Le présent budget témoigne de la volonté qui nous anime d’intensifier l’effort consenti en faveur de ce précieux patrimoine linguistique  :

– par l’élaboration d’une nouvelle politique en faveur de la langue bretonne ;
– par la mise en œuvre de nouvelles orientations au bénéfice de la langue gallèse.

Je n’en détaillerai pas ici les différents aspects.

Les crédits de fonctionnement en faveur du breton et du gallo augmentent cette année de 150 000 euros, soit + 2,3 %.

Ce qui, dans le contexte budgétaire très tendu que nous connaissons, mérite tout de même  d’être salué…

…Même si nous entendons que la question des moyens reste cruciale, surtout dans le contexte de l’étude révélant une baisse progressive du nombre de bretonnants et de gallésans.

Le défi prioritaire auquel nous sommes confrontés est autant de l’ordre du cadre juridique que celui des ressources financières.

Il faut le dire et le répéter avec force : nos langues régionales ne bénéficient à ce jour d’aucun statut légal.

Leur prise en compte par l’Etat relève beaucoup plus de la circulaire et de l’arrêté que de la loi, ce qui induit, au bout du compte, une forte précarité juridique.

Leur sort est lié à la manière dont, à une époque donnée, elles sont perçues par les hommes qui détiennent le pouvoir, politique, judiciaire, administratif.

Selon qu’on les soutient, qu’on les tolère, qu’on les méprise ou qu’on les redoute, il suffit de savoir interpréter les rares textes en vigueur…

Pourquoi donc le catalan et le basque se portent-ils si bien au sud des Pyrénées et si mal au nord, pourquoi la survie même du breton est-elle menacée alors que le gallois remonte et va même atteindre le million de locuteurs dans les prochaines années ?

Parce qu’ailleurs en Europe, la compétence linguistique est exercée par des régions autonomes alors qu’en France elle relève encore du pouvoir central.

La configuration dans laquelle nous évoluons en Bretagne n’a rien de commun avec celle qui prévaut au Pays de Galles, en Catalogne et même en Corse, autant de communautés disposant de vastes prérogatives en matière linguistique qui nous font défaut.

Et qu’il nous faut acquérir.

Tel est bien le sens du combat que nous menons dans le cadre des concertations avec l’Etat sur l’enjeu essentiel de la différenciation.

Monsieur le Président, nous saluons votre engagement sur ce dossier. La négociation avec l’Etat aboutit aujourd’hui à une avancée significative, avec la perspective de donner un cadre législatif et juridique aux dispositifs existants.

Un nouveau pas est franchi avec une dotation de 300 000 euros au réseau Diwan, et avec des évolutions attendues sur le forfait scolaire communal, ce qui permettra de conforter un peu plus l’enseignement bilingue.

Certes, 300 000 euros c’est insuffisant pour assurer la pérennité de Diwan, mais comme l’a dit Jean-Michel Le Boulanger, il s’agit ici de sauvetage, et cela permet au moins de maintenir l’activité et de payer les  anciens emplois aidés, et ce n’est pas rien !

On remarquera au passage que ces crédits sont imputés sur ceux de l’Education Nationale, ce n’est pas neutre non plus !

La perche tendue pour intégrer les signes diacritiques dans l’état civil des prénoms bretons constitue plus qu’un symbole : un signe d’apaisement. Espérons une bonne issue à ce blocage qui date d’un autre âge ;

Les critiques que nous sommes quelques-uns  à formuler à l’égard de ce gouvernement ne nous empêchent nullement d’apprécier cette avancée positive, avancées saluées par le Conseil culturel de Bretagne, souvent très critique à notre égard.

Nous pouvons sans doute commencer à entrevoir la fin d’une certaine défiance de l’Etat vis à vis des langues régionales. Pour autant, de notre côté, la vigilance est de mise. Nous avons gagné une petite bataille, pas encore la guerre. Mais nous avons ici l’occasion de continuer la négociation avec l’Etat.

J’ajoute un point de vigilance particulier à l’attention de nos députés concernant la réforme du baccalauréat, dont le jeu des options sera très préjudiciable à l’enseignement du breton au lycée. L’association des enseignants en breton nous alerte aujourd’hui même sur ce point.

Si le Président Macron voit en la Bretagne  un « laboratoire de l’action publique », prenons-le au mot :  la Bretagne pourrait être le lieu de nouvelles expérimentations, de nouvelles relations de confiance. Nous y sommes prêts. Un lieu où l’Etat pourrait se racheter une bonne conduite à l’égard de tous ces bretons et ces bretonnes qui furent jadis contraints de renier leur langue.

Moi, petite fille d’Yvonne Le Hiaric, qui fut témoin de cette mutilation culturelle dans sa petite école de Guénin en 1919 (il y a 100 ans) – et les blessures sont longues à cicatriser – j’ai envie de citer Christiane Taubira : « la langue a plus de ressource qu’il n’en faut. Elle n’est jamais détenue ni tenue en joue, encore moins en laisse ni non plus tenue au secret. Elle peut, fut-elle dominante en un lieu, écrasante, arrogante à force d’être confisquée par les maîtres de relation, de situation ou même de plantation, se laisser reprendre, entraîner dans d’inattendus méandres ».

Trugarez.