Conseil régional de Bretagne – Session des 15, 16 et 17 février 2018

Pacte d’accessibilité pour la Bretagne
Intervention de Gwenegan Bui

Mes chers collègues,

Dans les périodes de tempêtes, il est de bon ton de lire dans la presse des appels aux mannes des grands ancêtres. Pour se rassurer. Pour se dire que rien n’est impossible.

Souvent, en Bretagne, on ressuscite le CELIB. On fait parler les grands anciens, pour nous dire que les générations passées étaient meilleures que les générations actuelles ; mais aussi que les combats ne sont perdus que quand ils ont été menés.

On nous rappelle ces grands combats, les grandes victoires qui ont permis le développement de la Bretagne : les routes nationales, le plan téléphone, le port du Bloscon, l’Université de Brest, la marche en avant des élus de toute obédience, des syndicalistes et des entrepreneurs. Ensemble, pour le développement de leur région.

Cet appel, si souvent fait, est pourtant aujourd’hui juste et légitime. Juste et légitime de chercher à mettre nos pas dans les leurs. Pour le développement de notre région.
Non pas qu’auparavant, les inquiétudes que les sujets en question ne méritaient pas l’appel de notre histoire, mais aujourd’hui… l’hiver vient !

Les dernières six mois n’ont annoncé en effet rien de bon.

L’inauguration de la LGV, le 1er juillet, par le Président Macron qui devait être une fête a été douchée par ses propos fermes et sans ambiguïté sur la fin du tout TGV. Son propos, je le cite, étaient qu’il « n’entendait pas relancer de grands projets nouveaux mais s’engager à financer le renouvellement des infrastructures ».

Menaçant de fait le projet de connexion de Brest et Quimper à 3 heures de Paris.

Combat de la génération politique précédente, l’accessibilité de la Bretagne c’était toujours comprise et défendue dans sa globalité. Pas simplement par une meilleure connexion à Paris, c’est important. Mais aussi par un rapprochement des deux bouts de la Bretagne, l’Est comme l’Ouest. Brest, Quimper, Lorient, Morlaix avec Rennes.

Car les mobilités du quotidien ce sont aussi les lignes internes, les échanges intra- Bretagne. Nous avons besoin de faciliter les liaisons internes pour que les métropoles irriguent l’ensemble des territoires bretons, que les distances ne soient plus un frein aux collaborations.

Les promoteurs de ce projet l’ont défendu bec et ongles contre tous les mauvais génies, experts en tout genre, inspecteurs des finances en premier lieu, qui ne voyaient pas l’utilité de rapprocher la Bretagne à Paris. Hors de leurs propres périodes de vacances évidemment! Mais la Bretagne n’a pas vocation à se transformer en Breizh riviera.

Nous aussi, nous nous battons pour le train du quotidien. Celui qui est emprunté par des milliers de bretons chaque jour via le TER. Le train des salariés, des étudiants, des chômeurs.

Nous le démontrerons demain autour du débat sur le budget « Transports » et ce grâce à l’action déterminée de notre collègue Gérard Lahellec.

Le train du quotidien en Bretagne cela marche. On n’a pas attendu les injonctions gouvernementales pour investir dans de nouvelles rames, dans une gamme tarifaire juste et solidaire, dans une convention TER assurant une desserte de service public toujours plus performante.

Mais le train du quotidien c’est aussi le TGV. Les dessertes TGV et TER sont complémentaires. Les unes nourrissent les autres. Il ne faut pas les opposer. Le TGV est déterminant pour permettre la multiplication des échanges, des rendez-vous. Car pour le moment, la France reste un État centralisé où toutes les décisions, tous les deals, toutes les négociations se font et se terminent à Paris.

Ce train du quotidien n’est pas un caprice comme j’ai pu l’entendre à de multiples reprises lors des 5 dernières années dans les travées de l’Assemblée nationale.

Et encore plus fortement après l’échec de l’écotaxe où certains rédacteurs de rapport devenus célèbres ces dernières semaines n’hésitaient pas à dire à haute voix « pas d’écotaxe, pas de TGV pour les bretons ! ».

Le rapport Duron est suffisamment inquiétant pour que notre collègue Ferrand ait dû prendre un avion pour défendre le train, selon la presse bien informée. Quand on connaît son amour pour l’avion, c’est dire l’urgence !

L’abandon de Notre Dame des Landes n’est pas sans conséquence pour la Bretagne. Car nul ici n’a oublié que la liaison sud, pour Quimper, passait par cet aéroport. Personne non plus n’a oublié que le protocole d’accord comprenait un mot « concomitamment ». Ce mot était la garantie d’un projet global, unique et unifiant la Bretagne, qui incluait la liaison Nord et Sud aux travaux entre Rennes et Nantes. L’abandon aéroportuaire ne peut donc être synonyme d’abandon ferroviaire. Encore moins dans les liaisons Rennes Brest- Rennes Quimper que la liaison Rennes- Nantes. Les unes ne vont pas sans les autres.

Les bretons en ont besoin. Si le gouvernement se dit prêt à compenser l’abandon de l’aéroport, il doit investir massivement dans ces lignes ferroviaires car on ne peut pas avoir ni l’un, ni l’autre. Il doit entendre nos arguments, juger le préjudice de sa décision et savoir revenir sur ses propres certitudes. Et ce n’est pas de simples promesses ou de seules études pour gagner du temps qui nous feront nous taire ou applaudir. C’est mal nous connaitre.

Car la Bretagne est une péninsule. On peut tourner le problème dans tous les sens, mais c’est ainsi. Et donc le lien aux autres est au cœur de toutes les préoccupations économiques et sociales. Les citoyens bretons sont des citoyens français. Ils ont des droits et des devoirs. Les devoirs ? Ils payent les mêmes impôts que les autres ! Ils ont donc les mêmes droits. Le droit d’aller et venir ! Le droit de commercer ! Le droit au développement économique ! Le droit aux infrastructures pour le faire.

Quand pour aller à Marseille, distant de 722 km de Paris, il faut 3h23 en TGV et que pour rejoindre Brest, distant de 529 km, il en faut, pour le plus rapide 3h25 ! Et pour les 492 km pour aller à Strasbourg, 1h46 !
Que dire ?

Qu’il est plus facile d’aller vers l’Est ou le Sud que d’aller vers l’Ouest ? Qu’une nouvelle règle de physique a été découverte ?
L’argument du vent dans le nez ne tient pas la route non plus!

Où est la promesse républicaine de l’égalité des droits ?
Nous ne demandons rien de plus que cela : l’égalité des droits, l’accès au progrès partagé.

Nous voulons que le projet avance. Que les études se mènent. Que le calendrier soit tenu. L’équation budgétaire est une chose. Les choix d’aménagement du territoire en sont d’autres. Nous trouverons les solutions financières. Comme nous avons su le faire pour la première phase. Avec intelligence et solidarité.

Alors oui, il est peut-être temps de ressusciter l’esprit du CELIB. Il est temps de mettre les uns et les autres en ordre de marche. Le Conseil départemental du Finistère a tiré la sonnette d’alarme. Toutes tendances confondues. Il annonce une Grande marche qui partira du Finistère ! Très bien !

Il faut relever le drapeau avec eux et entrer avec détermination dans cette exigence vis-à- vis du gouvernement. Cela donnera encore plus de force au président Chesnais-Girard qui, au nom de tous, portera alors nos arguments et exigences auprès du gouvernement. C’est appuyé par une mobilisation collective transpartisane que nous te ferons Bretagne.

C’est aussi grâce à cette mobilisation que nous obtiendrons des moyens financiers conséquents pour le développement de la fibre optique. Car annoncer des dates c’est bien. Mettre de l’argent sur la table c’est encore mieux. Or, à ce jour, nous n’avons eu que la première partie : une date, 2022. 2022 faisant croire ainsi à tous les citoyens français et donc bretons que le fibrage de la France en fibre optique n’était qu’une question de volonté politique.

C’est important. Sans volonté, il n’y a pas de chemin. Mais la seule volonté ne lève pas les montagnes financières. Si la Bretagne devait pouvoir respecter cette date, il faudrait alors que le gouvernement appuie son slogan d’engagements budgétaires en parallèle. Ce n’est pas le cas.

Soyons clair. Aujourd’hui la participation de l’État est de 97M€ pour 240 000 prises. Pour les phases suivantes, c’est donc 362.6M€ du gouvernement dont aura besoin la Bretagne pour répondre à la promesse de 2022.

Or à ce stade, l’État a engagé 3.3M€ pour le FSN et pour toute la France et 3.1M€ sont aujourd’hui consommés.

Si ce gouvernement veut sortir du seul verbe pour faire concrètement, s’il veut sortir des effets d’annonce, il faut qu’il inscrive les sommes nécessaires en face dans le budget de l’État. Ce n’a pas été le cas pour le budget 2018.

S’il veut compenser sérieusement l’abandon de Notre Dame des Landes, corriger réellement le préjudice, voici le niveau financier de l’un des paramètres de l’équation de la mobilité en Bretagne.

Ne négligeons pas non plus les évolutions législatives demandées dans ce Pacte. Elles sont essentielles pour accélérer les déploiements. Mais elles ne se substitueront pas aux efforts financiers. C’est l’un et l’autre, pas l’un contre l’autre, ou l’un en attendant l’autre. Le respect du calendrier est à ce coût.

Dans ce pacte, nous proposons aussi la finalisation de la RN 164. Nous n’en sommes pas loin. Et je ne doute pas que nous obtiendrons gain de cause à ce sujet.

***

On juge un gouvernement sur ces actes. Pas sur ces paroles. Il y en a eu beaucoup et nombreuses furent blessantes pour notre région. Il est temps de fermer ce chapitre et ouvrir une page positive permettant de nous projeter dans l’avenir, de donner aux bretons les outils du développement de leur région.

Le Président Chesnais-Girard a tendu la main au gouvernement. Il lui a proposé une sortie de crise gagnante-gagnante, permettant la clôture du dossier aéroportuaire en échange d’un Nouveau plan de développement de la Bretagne.

Liaisons ferroviaires à grande vitesse, améliorations aéroportuaires, financements conséquents pour le numérique sont les trois piliers de l’accord.

Ce n’est pas une liste de course. Un effet de manche pour tenter de camoufler quoi que ce soit. C’est un projet de développement. Un projet unissant les bretons entre eux et rapprochant la Bretagne de Paris. C’est le projet que nous voulons, que nous portons.

BGV est un symbole. C’est le drapeau de notre unité. J’appelle donc tous les groupes à l’unité. Il faut faire bloc. Il faut faire masse. Si nous voulons, qu’après l’hiver, vienne vraiment le printemps !