Conseil régional de Bretagne
Session du 18 octobre 2018

Décision modificative n°2 pour l’exercice 2018 – Réponse à l’amendement du groupe DCR sur BTHD

Intervention de Gwenegan Bui

Monsieur le Président, chers collègues,
La suite du couplet de changer la vie, c’est prendre la parole et décider nous-même. Et c’est ce que nous avions décidé. Et c’est ce qui a guidé nos choix et notre volonté de créer Mégalis.

C’est peut-être l’ancien monde. Mais vous savez la politique, c’est cyclique. Il y a l’ancien monde qui naît, qui disparaît. Gramsci a beaucoup travaillé là-dessus. Je vous invite à le lire.

Je reconnais hélas être mauvais pédagogue. Je suis mauvais pédagogue parce qu’à chaque séance, à chaque session, manifestement il y a une redondance chez vous qui est de déposer le même amendement. Cela veut dire que je ne suis pas bon pédagogue. Je n’arrive pas à vous convaincre, je n’arrive pas à vous expliquer.

Même si pour moi c’est un vrai crève-cœur. Un crève-cœur de refuser de l’argent. J’ai l’habitude de vous le dire. Mais là je vais prendre acte devant cette assemblée, que votre amendement nous pourrions peut-être en avoir besoin lors d’une prochaine discussion budgétaire. Peut-être. Mais, au deuxième semestre 2019.

Vous me pardonnerez un petit écart et une petite taquinerie en votre direction mais à quelques jours des vacances scolaires, il me revient en mémoire ce que me disait souvent mon professeur de technologie. Il disait « élève Bui, élève présent mais pas assez attentif, sans effort de concentration, le futur sera difficile ».

Je pourrais vous dire la même chose Monsieur De Sallier Dupin : « Conseiller régional Dupin, présent mais pas assez attentif, sans effort de concentration, aucune chance de devenir majoritaire au prochain mandat ! »

Non, trêve de plaisanterie, je vais venir au fond. Je vous assure d’un bilan précis et exhaustif lors de la prochaine session de l’année 2018 que nous avons conduit ensemble dans Mégalis. Et vous verrez, vous serez rassuré de la part des retards bien évidemment à des années-lumière de ce que vous pouvez ressentir sur votre terrain. Mais je vous sais aussi très sensible à ce qui se passe à Lamballe. Et nous échangeons assez fréquemment lorsqu’il y a un retard ou un problème de tel ou tel citoyen.

Non, sérieusement le sujet actuel sur la fibre optique n’est pas un sujet pour les collectivités locales d’appels à financement. Je dis, pas pour le moment.

Nous avons 3 besoins :

  • Le premier besoin, c’est de réussir le marché conception-réalisation que nous menons avec Mégalis et qui a un objectif, un objectif d’industrialisation du processus pour accélérer le déploiement. C’est un marché colossal. Nous avons aujourd’hui 2 candidats qui viennent de soumissionner. Et c’est l’élément déterminant pour réussir ce projet.
  • Deuxième besoin que nous allons avoir : c’est la formation des salariés. Je le dis toujours, mais il faut avoir en tête la volumétrie. Je profite de cette assemblée pour parler aussi aux chefs d’entreprises qui seront réunis grâce à l’action de Georgette Bréard, avec l’ensemble des d’outils de formation le 14 novembre.
    Il faut avoir en tête que si on veut produire 150 000 prises par an, ce qui est notre objectif collectif, il nous faudra 200 personnes dans les bureaux d’études. 200 personnes pendant au moins 7 à 10 ans. Et il va falloir plus de 800 salariés dans toute la Bretagne pour déployer la fibre optique.
    Si le monde de l’entreprise n’entend pas ça, n’entend pas qu’il y a des carnets de commandes, de l’argent public, du travail, de la capacité à faire progresser des salariés, on peut faire tout ce que l’on veut, nous n’arriverons pas effectivement à relever le pays ou en tout cas à le doter d’infrastructures dynamiques.
  • Enfin troisième besoin, Monsieur De Sallier Dupin, c’est une mobilisation. Mobilisation effective pour maintenir le dispositif de financement d’État.

Pourquoi je dis ça ?
Je vous rappelle que le mode de financement de la part d’État pour chaque prise est l’équivalent de 400 €. On nous dit, on nous susurre, on nous glisse lors des réunions techniques dans les ministères que ce sera difficile, qu’il n’y aura pas cet argent. En tout cas, que s’il y a cet argent, cette participation de l’État sera moindre. Peut-être 200€… 400 € aujourd’hui, 200 € demain.

Et ça devient un vrai problème. Parce qu’on ne peut pas dire, à longueur de colloque, à longueur d’interview « la fibre pour tous en 2022 » et en même temps préparer la baisse des financements d’Etat.

On ne peut pas dire non plus, annoncer des dates qui sont des dates totalement impossibles et en même temps mettre en place un dispositif qui risque de causer l’échec du déploiement de la fibre optique.

Bien sûr c’est pour Monsieur De Normandie et je lui dirai directement. Mais pire, ce n’est pas simplement un problème de De Normandie, de la gauche ou de la droite, c’est un problème de crédibilité de la République.

Parce que ne pas tenir ses engagements, ne pas tenir sa parole, cela n’a qu’une conséquence : c’est nourrir tous les populismes et tous les extrêmes, tous les doutes des citoyens qui ne croient plus en la parole publique.

Et les promesses, ça n’engage pas que ceux qui les croient, parce que quand les promesses deviennent des mensonges parce qu’elles ne sont pas des réalisations, eh bien, c’est du pétrole pour tous les populismes.

Et ça on n’en a pas le droit, quelle que soit notre position sur l’échiquier politique.

Alors la fibre en plus, elle n’est ni de droite ni de gauche. Elle est utile au pays. Elle construit l’aménagement du territoire. Et puis elle se déploie aussi dans le monde rural puisque c’est une des problématiques qui a été exposée tout à l’heure dans le débat d’orientation politique. Parce que c’est l’une de nos priorités. Et pourquoi le monde rural ? Parce-que nous militons ardemment dans cette majorité pour l’égalité des chances, pour donner à chaque territoire, chaque citoyen quels que soient son lieu, son origine, ses capacités à avoir un travail, à se développer et à s’épanouir dans le monde dans lequel on évolue.

Nous sommes dans une période importante de la République, période de la construction du budget de l’État. Nous avons ici dans cette assemblée, et cela a été souligné par le Président tout à l’heure dans son propos introductif, des personnages éminents de l’État. Et des personnages éminents du Parlement.

Dans cette période, dans les 3 semaines qui vont venir, vous serez appelés à contribution par vos amendements, vos débats, vos arbitrages que vous allez réussir les uns et les autres à arracher.

Moi je vous invite à déposer des amendements pour préserver le fonds de solidarité numérique.

Et si vous voulez de l’aide, je dois avoir quelques restes pour rédiger des amendements et des orientations politiques.

On peut travailler ensemble. Il va falloir aller voir le gouvernement, le convaincre qu’il est en train de faire fausse route. Parce que si on ne fait rien, si les représentants que vous êtes au Parlement n’obtiennent pas gain de cause, c’est collectivement que nous échouerons.

Alors je sais votre ardeur à ce que nous réussissions, Monsieur De Sallier Dupin, collectivement. Et je sais que je peux compter sur l’engagement d’un certain nombre d’entre vous pour pouvoir faire comprendre au gouvernement qu’il fait fausse route.

Mais si la réponse du gouvernement au bout de ces trois prochaines semaines était négative, c’est-à-dire que nous n’avions pas de confirmation du programme de financement, que nous n’avons pas de dotations suffisantes sur le FSN, alors nous reviendrons vers vous pour discuter de votre amendement.

Mais là évidemment vous voyez bien que ce n’est pas du tout la même échelle. Vous parliez de 30 millions. Moi je parle 200, 300, 400 millions. Cela veut dire qu’il faudrait que la collectivité régionale vienne prendre la part de l’État. C’est ça le sujet.

Avant de me rendre, moi, je n’ai pas l’habitude de ne pas me battre. Donc moi, ce à quoi je vous invite, c’est de se battre ensemble pour la Bretagne.