Aménagement du territoire par Gaëlle Nique

Monsieur le Président,
Mes cher.e.s collègues,

La crise des gilets jaunes révèle un profond malaise tenant pour partie au sentiment d’abandon, de déclassement que ressentent un grand nombre de nos concitoyens…

Ceux de la « France périphérique » qu’a étudiée le géographe Christophe Guilluy, ceux du rural et du périurbain profond.

Ce dernier nous met aussi en garde contre l’épuisement d’un modèle qui ne fait plus société, siphonné par les inégalités.

Qui peut raisonnablement prétendre qu’un tel sentiment ne correspond pas à une réalité profonde ?

Ici en Bretagne, notre majorité a toujours été lucide sur le fait que l’Etat, dans notre pays, a renoncé à toute politique ambitieuse d’aménagement du territoire.

Prenons un exemple, le PIB, produit intérieur brut, acronyme barbare, qui révèle la production de richesse.

Où est la solidarité territoriale lorsque l’on sait qu’au plus fort de la crise, entre 2007 et 2014, le PIB de l’Ile-de-France a progressé de 9,6 %, alors qu’en moyenne celui de la province se situe à zéro ?

Où est la solidarité territoriale lorsque l’on sait qu’entre 1980 et 2018, la part de PIB de la Région parisienne dans la richesse nationale est passée de 27 % à 31 % – pour 19 % de la population et 2 % du territoire ?

Où est la solidarité territoriale lorsque l’on sait que les écarts régionaux en termes de PIB par habitant se sont creusés en France ces 16 dernières années, alors que la tendance est inverse dans l’ensemble des autres pays de l’OCDE ?

Ici, nous préférons l’indice de développement humain, IDH, il n’en demeure pas moins que l’injustice, quelques soient les indices, est supportable.

Disons-le clairement, nous avons affaire dans ce domaine à une véritable faillite nationale, que nous payons aujourd’hui au prix fort.

Pourtant, la Bretagne, on l’a souligné, est profondément singulière, moins impactée par les colères légitimes d’être en souffrance, car nous avons su depuis des années, promouvoir l’équité ainsi que le progrès humain et territorial.

Cela tient sans doute à la force incomparable de sa cohésion sociale et territoriale :

Nous sommes la deuxième Région de France la moins inégalitaire en termes de revenu par habitant, nous comptons moins de chômeurs qu’ailleurs, notre population continue à s’accroître et l’investissement associatif breton est partout cité en exemple.

Ces singularités régionales sont autant de richesses sur lesquelles il faut s’appuyer pour construire une Bretagne encore plus belle, plus dynamique, plus solidaire.

Pour autant, nous avons évidemment nos propres lignes de fracture, nos propres points de déséquilibre.

La récente étude de l’INSEE relative à l’évolution de la population régionale entre 2011 et 2016 révèle un certain nombre d’enseignements…

Les uns venant confirmer ce que l’on savait déjà :

Les déséquilibres Bretagne occidentale / Bretagne orientale, Bretagne intérieure / Bretagne maritime, l’attractivité croissante de la métropole rennaise.

D’autres, et nous les surveillons pas à pas, sont de plus en plus alarmants et témoignent par exemple d’une forme d’essoufflement de la Bretagne littorale nord, entre le haut Léon et le Goëlo.

Nous avons des forces à consolider et des dysfonctionnements à corriger. Nous savons qu’il appartient à la Région de relever ces défis, comme nous l’avons toujours fait. Car nul ne le fera à sa place.

Pour corriger les dysfonctionnements, nous avons créé des instances de démocratie participative, les comités uniques de programmation au sein desquels, des membres de la Société civile majoritaires et des élus, donnent vie à nos contrats de partenariat avec les Pays, les EPCI, les communes et les porteurs de projets.

Nous intervenons aussi à travers nos dispositifs de renouvellement urbain au bénéfice des quartiers prioritaires, car ils sont tout autant impactés par la souffrance et l’inégalité que les territoires ruraux et périurbains.

Il faut pérenniser et inventer des mécanismes structurés autour d’un principe de péréquation, qui consiste à « discriminer positivement » les territoires les plus en difficultés.

Nous avons été aussi les premiers, en Région Bretagne à appréhender à mesurer la déshérence des centralités et à lancer des appels à candidatures « dynamisme des centres villes et bourg ruraux ».

La Bretagne a la chance de pouvoir s’appuyer sur un maillage très dense de petites et moyennes agglomérations, lesquelles irriguent la totalité du territoire régional.

Elle compte aussi plus de 1 200 communes, qui sont des lieux où l’on crée, où l’on entreprend, où l’on invente de nouvelles manières de vivre ensemble.

C’est pour accompagner cette pluralité de dynamiques territoriales que la Région, en lien avec l’Etat, l’EPF et la Caisse des dépôts, a lancé le dispositif de revitalisation en 2017.

Ce soutien aux initiatives locales, dans une logique de subsidiarité, est essentiel et force de progrès.

Dans le cadre du premier appel à candidatures, 208 dossiers ont été déposés, 60 projets retenus…

… Lesquels ont bénéficié d’une enveloppe globale de près de 29 millions d’euros répartie à part égale entre 39 bourgs ruraux et 21 villes.

A titre d’exemple, je tiens à citer, une ville qui me tient à cœur et qui bénéficie de ce dispositif.

En 2017, la ville de Saint-Brieuc fut retenue.

Je vis et travaille à Saint-Brieuc depuis presque 30 ans.

Enfant, c’était la ville phare, celle où nous allions chercher nos habits pour faire notre rentrée scolaire, la ville de Louis Guilloux, du sang noir, de la maison du peuple.

Désormais, la ville est une vieille dame endormie, meurtrie voire désertée, qui a besoin de nous tous pour retrouver un souffle.

A chaque étape la Région Bretagne a été présente, sur Saint-Brieuc, pour co-financer le Pôle d’échange mutimodal, la mise en place de la ligne TEO, la rénovation urbaine, les projets innovants, la construction d’infrastructures permettant de créer du lien social.

En un mot, notre engagement, uniquement en matière d’aménagement du territoire s’élève, pour Saint-Brieuc, à 6,42 millions d’euros.

Il faut désormais que que les projets soient portés, sur place, avec force et sérieux.

De manière plus générale, les incertitudes concernant la poursuite de l’engagement de l’Etat ayant été levées en novembre dernier, le dispositif a été reconduit en 2019.

Il faut s’en réjouir car, dès sa première édition, il est s’imposé comme un outil incontournable au service de la vitalité de nos territoires, de tous nos territoires qu’ils soient ruraux, urbains ou maritimes.

Réparer, accompagner, stimuler – la politique bretonne d’aménagement du territoire se développe dans une optique volontairement progressiste et globale.

Elle ne laisse personne au bord du chemin.

Poursuivons donc dans cette voie, nos réflexions irriguées par l’intense richesse des contributions et chois issus de la BreizhCop.

Comme l’écrivain Albert Camus « créer c’est aussi donner forme à son destin ».

Nous donnons ensemble forme au destin de la Bretagne.

Je vous remercie.