Session du 18 octobre 2018
Discours de politique générale – Dominique Ramard

Monsieur le Président, chers collègues,

Mardi dernier, c’est-à-dire avant-hier, je lisais un grand quotidien régional quand je suis tombé sur l’interview de Marc Le Fur sur les enjeux de la rentrée politique en Bretagne. Notre collègue de l’opposition nous demandait indirectement de nous occuper de demain et non pas de la Bretagne de dans 30 ans. Tout d’abord, je voulais préciser que nous nous en tenons actuellement à réfléchir concrètement à la Bretagne de 2030 à 2040. Mais ce que je comprends surtout aujourd’hui de cette réaction de l’opposition à l’égard de la BreizhCOP – car c’est de cela dont il s’agit -, c’est que mardi, Monsieur Le Fur nous invitait à nous occuper de la Bretagne du lendemain matin, c’est à dire de mercredi. Et donc de celle d’hier. Les choses rentraient dans l’ordre : en tant que bon conservateur, le leader de l’opposition nous invitait bien à nous occuper d’hier. Il y avait bien une logique dans la série d’interviews de rentrée : samedi, Monsieur le Président, dans le même type d’interview, vous nous invitiez à nous tourner vers l’avenir ; mardi, Monsieur le Fur restait dans le passé. Et hier, Monsieur Penelle nous ramenait à des temps préhistoriques, oubliant qu’il y a eu des migrations à toutes les époques, et qu’il ne fallait pas refuser cet état de fait mais l’intégrer.

Avec vous, Monsieur le Président, nous faisons le choix de préparer l’avenir de la Bretagne. Et la démarche BreizhCOP avec les rencontres territoriales que nous venons de connaître ces dernières semaines démontre une fois de plus la volonté collective des Bretonnes et des Bretons de se mobiliser pour continuer à construire une Bretagne ambitieuse, responsable, solidaire, créative…

Avec mes collègues, nous avons participé à ces rencontres territoriales BreizhCOP. Il faut tout d’abord souligner qu’elles ont été bien fréquentées, que la volonté de contribuer à l’avenir de la Bretagne était bien présente et que les Bretonnes et les Bretons ne refusent pas de se poser les questions complexes quand à l’avenir de notre région.

Quelques exemples de ce que j’ai pu entendre ou de ce que l’on m’a rapporté, et qui m’ont particulièrement touché :

– tout d’abord, la question du foncier. Quand à Goudelin, Monsieur le Président, vous parlez de se donner un objectif maximum de terres agricoles qui pourraient être artificialisées, c’est-à-dire sortir de l’activité agricole, eh bien, cela parle aux personnes présentes. Je ne dis pas que cela ne fait pas débat. Car ce type de position a le mérite de poser les enjeux : comment concilier accueil d’une population nouvelle sur nos territoires et préservation de l’activité agricole, pilier de notre économie ? Et sur ce sujet, il faudra bien prendre position pour ralentir l’étalement urbain. Monsieur le Président, vous, vous prenez position !

– deuxième exemple : le modèle agricole, si tant est que l’on puisse parler de modèle, dans une agriculture qui est multiple et variée. Là aussi lors des échanges proposés par petits groupes lors de ces rencontres territoriales BreizhCOP, tout le monde en convenait : l’agriculture bretonne issue des années 70-80, c’était fini. Une réaction parmi d’autres que l’on a pu entendre : « Pourquoi vouloir produire au prix des pays en développement, alors que nous ne voulons pas des conditions de production des pays en développement ? ». Il faut en effet inventer autre chose.

A l’occasion du SPACE, vous nous avez invités à faire de la Bretagne la région du « bien manger ». Si la Bretagne a été et reste la région de la quantité, elle est en train de devenir la région de la qualité des produits alimentaires. Alors que certains continuent à demander des baisses de charges, nous nous pensons qu’il faut travailler à l’accroissement de la valeur des produits ; et cela passe par la recherche de la qualité, en adéquation avec ce que cherche le consommateur. Est-il normal que dans un certain nombre de restaurants ou lorsque l’on fait ses courses, on ne puisse pas savoir précisément ce que l’on va manger ? Dès qu’il s’agit d’un produit un peu élaboré, sa composition est noyée, son mode de production disparaît, et même parfois l’origine d’un certain nombre de composants. Nous sommes persuadés que bientôt le consommateur ne l’acceptera plus : il va demander le détail. Et c’est là que la Bretagne a une carte à jouer ! Nos producteurs, notre industrie agroalimentaire peut proposer des produits 100% bretons qui répondent aux exigences sanitaires, de goût, de respect de l’environnement, de bien-être animal. Dans quelques temps, et c’est déjà commencé, on achètera breton, on mangera breton pour être sûr de ce que l’on mange, pour savoir ce que l’on mange et parce que l’on saura que les conditions de production auront été respectueuses de l’environnement, des conditions d’élevage, et des conditions de travail des hommes et des femmes de l’agriculture et de l’agroalimentaire. Oui, la Bretagne sera la région du « bien manger » !

– et un dernier exemple, qui montre bien, que les Bretonnes et les Bretons ne sont pas des gens qui refusent le changement. A Goudelin, toujours, à la table à laquelle je me trouvais, on en est venu à parler d’écotaxe… Alors bien sûr, personne n’aime les taxes… Et mieux vaut ne pas parler d’écotaxe (l’acceptation n’est pas là).  Mais l’échange avec les autres participants a abouti à ce que tout le monde reconnaisse que nous ne pourrions pas continuer à faire rouler des poids lourds au gasoil et qu’il fallait accompagner les transporteurs à se tourner vers le gaz naturel véhicule et pourquoi pas vers le biogaz breton pour véhicules… Tout le monde convenait qu’il fallait bien accompagner ce changement et qu’un système de bonus-malus n’était pas si mauvais… Peut-être avec une compensation sur une autre taxe pour ne pas nuire à la compétitivité des entreprises. Cela passe aussi par une affectation de la recette au financement de nouvelles infrastructures et à l’entretien des plus anciennes…

Monsieur le Président, votre exécutif, votre majorité, ont entendu les contributions qui nous sont parvenues depuis le printemps. Elles ont été reformulées en 38 propositions pour l’avenir de la Bretagne. Et avec les rencontres territoriales BreizhCOP, nous les avons mis à la concertation. Car cette idée de concertation est au fondement même de ce projet de BreizhCOP que nous avons initié.

Peser collectivement sur les transitions plutôt que de les subir, telle est l’ambition de ce chantier d’envergure qui vise à construire, tous ensemble, la Bretagne de 2040.

Nous l’avons toujours dit, son aboutissement dépend de notre capacité à mobiliser l’ensemble des forces vives de la région :

Associations, élus locaux, entrepreneurs, simples citoyens…

Le processus est lancé et il va désormais s’accélérer.

Pour ce qui nous concerne, nous n’en avons jamais douté :

L’esprit de consensus s’est toujours imposé en Bretagne comme une évidence dès lors que l’intérêt supérieur de la Bretagne est en jeu. La BreizhCOP est une dynamique en cours qui construit, avec le plus grand nombre, la Bretagne de demain, d’après-demain et de 2040.

Monsieur le Président, cette session de rentrée nous permet d’aborder d’autres grands sujets que ceux que je viens d’évoquer.

Lutte contre les discriminations d’abord avec notre ambitieuse feuille de route pour l’égalité qui va nous permettre d’intensifier notre politique régionale, pour rééquilibrer notamment les rapports femmes-hommes.

Justice sociale ensuite, car aucune communauté humaine ne peut préserver sa cohésion lorsqu’elle laisse se répandre en son sein la gangrène de l’iniquité.

  • C’est la réforme que nous proposons de l’accompagnement des stagiaires de la formation professionnelle, par l’instauration d’une nouvelle aide plus attractive qui remplacera la rémunération au titre du Code du travail.

Justice territoriale, enfin, car nous avons la conviction que le rayonnement futur de notre région dépend nécessairement de sa cohésion d’ensemble…

  • C’est le lancement de la phase 2 du projet de développement du port de Brest, qui témoigne de la volonté régionale de donner à la métropole du Ponant les moyens de son ambition maritime.

Monsieur le Président, toujours dans l’édition de samedi dernier d’un grand quotidien régional, vous avez eu l’occasion de rappeler les fondements de votre ligne politique : Une ligne sociale-démocrate, décentralisatrice et européenne.

Cette ligne, nous sommes très nombreux à la partager dans cet hémicycle, malgré des différences de parcours politique. Au-delà, cette ligne a le mérite d’être en phase avec ce qu’est la Bretagne…

… Avec ce sens de la modération, cette prédisposition pour la tolérance et cet esprit d’ouverture au monde qui caractérisent les Bretonnes et les Bretons.

Oui, nous sommes socio-démocrates – j’ajouterai même que nous sommes mêmes aujourd’hui des socio-écolo-démocrates.

Nous sommes socio-démocrates et écologistes en ce sens que nous savons aujourd’hui que la préservation de notre environnement est notre meilleure chance pour l’avenir : un paysan ne détruit pas sa terre s’il veut qu’elle continue à le nourrir.

Nous sommes socio-démocrates, car nous développons un esprit de négociation ambitieux. C’est ce que nous faisons dans nos rapports avec l’Etat, dans le cadre d’un dialogue ouvert mais exigeant.

C’est, j’en suis convaincu, l’intérêt des deux parties.

Cependant, dans l’attente d’éléments nouveaux, nous jugerons sur pièces, le contexte présent nous incite à la vigilance. De la même manière, sur les dossiers des énergies marines ou de l’avenir du réseau Diwan – auquel il faut apporter une réponse urgente – sur ces dossiers, notre position sera ferme.

Notre ligne sociale-démocrate se base sur la capacité à fédérer les corps intermédiaires et sur la fécondité des compromis librement consentis. Le Gouvernement doit s’engager dans un pacte avec les territoires. Et avec la Bretagne, il peut même aller plus loin, illustrant ce que peut être une subsidiarité de confiance, par un contrat de différenciation qui autoriserait une prise en compte optimisée des singularités bretonnes.

Car oui, nous sommes également décentralisateurs.

Vous l’avez justement souligné, Monsieur le Président, dans votre interview du 30 septembre dernier à l’hebdomadaire Le Point :

« Les Régions peuvent être un lieu d’expérimentation pour sauver la République. »

Nous sommes sur une ligne sociale-démocrate et écologiste, nous sommes sur une ligne décentralisatrice, nous sommes aussi, clairement, sur une ligne européenne.

Je sais bien que certains se réjouissent de la sortie de la Grande-Bretagne de l’Union.

Je voudrais leur demander : Comment ne voyez-vous pas, aveuglés par votre exaltation nationaliste, la catastrophe que risque de constituer un tel processus pour des pans entiers de notre économie régionale ?

Ne croyez-vous pas que les conséquences pour la pêche bretonne, la Britanny Ferries ou d’autres entreprises de toutes tailles très liées à l’économie britannique peuvent se révéler absolument désastreuses ?

La vérité est que la Bretagne a besoin de ses voisins, elle a besoin de l’Europe.

Pour répondre au Brexit, il nous faut plus d’Europe.

Dans cette optique, je veux saluer les efforts déployés par la Région afin de renforcer nos liens avec le Pays de Galles et d’en instituer d’autres avec l’Irlande.

Dans quelques mois, la Bretagne va devenir le plus proche voisin de l’Irlande au sein de l’Union.

Pour l’une comme pour l’autre, il peut s’agir d’une fantastique opportunité

Nous ne devons pas la laisser passer.

La Bretagne a naturellement vocation à devenir le point d’ancrage de l’Irlande sur le continent.*

Mes chers collègues, nous savons qui nous sommes et nous savons où nous voulons aller.

Pour mettre en place notre projet, nous avons la chance de pouvoir compter sur une équipe soudée sous votre autorité, Monsieur le Président.

Le cap est tracé pour demain, il va prochainement l’être aussi, grâce à cette démarche novatrice qu’est la Breizh COP, pour après-demain.

Cet ensemble de convictions qui nous porte est, j’en suis convaincu, la plus solide des garanties si l’on veut donner un horizon à la Bretagne.

La sociale-démocratie pour réformer dans le consensus ;

La décentralisation pour agir plus efficacement au service de nos concitoyens ;

L’Europe pour unir dans la diversité.

Faire Bretagne, voilà la meilleure solution face aux grands défis du futur.

Ayons le courage de la sérénité et de l’optimisme.

Je vous remercie.

 

Retrouvez l’intervention complète sur le site de la Région Bretagne :