Cher.e.s collègues,

Ravis de vous retrouver pour cette séance, je vais commencer par rendre hommage à un élu et un homme de notre territoire qui nous ont quittés il y a quelques jours.
Loïc Bouvard, tout d’abord, député et conseiller régional qui a marqué la Bretagne, son territoire, qui a été résistant à l’âge de 15 ans au sein du Maquis de St Marcel, un homme solide sur ses convictions et ouvert au dialogue et respectueux de chacun.

Hommage aussi pour François-Régis Hutin, un grand patron de presse, un homme attaché à la liberté, attaché à l’indépendance, un grand capitaine d’industrie, un européen convaincu avec un nombre d’éditos marquant tout au long de ces années qui ont dépassé le seul périmètre de la Bretagne et qui ont su rencontrer beaucoup, beaucoup, de débats, beaucoup, beaucoup, d’hommes et de femmes qui à un moment donné avaient engagé des combats, des réflexions, des débats sur de grands sujets comme l’Europe, comme les libertés ou le sujet de la peine de mort. François-Régis Hutin, c’était aussi une capacité à innover tant sur l’organisation d’un média qui parle du monde jusqu’à la proximité de nos territoires, d’un homme qui a su innover aussi en projetant ce grand quotidien dans le monde du numérique. Et je vais vous demander pour ces deux hommes, une minute de silence.

Je vous remercie.

 

En ce début de session, je souhaiterais aussi féliciter chaleureusement notre collègue Thierry Burlot, nouveau Président du comité de bassin Loire Bretagne. Bravo cher collègue. Félicitation à toi car au-delà de cette victoire qui marque un long engagement personnel, un long travail tout au long de ces dernières années, c’est aussi une reconnaissance de la méthode bretonne, la méthode bretonne pour discuter, échanger avec l’ensemble des acteurs sur un sujet ô combien important pour notre beau territoire qu’est le sujet de l’eau et, à travers ce mandat, tu vas pouvoir porter une méthode et porter un regard au-delà de notre seul territoire, au-delà des frontières hydrographiques de notre seule Bretagne sur l’ensemble de ce bassin important, c’est encore une fois vraiment une grande fierté pour la Bretagne que de te voir assumer cette nouvelle mission.

Chers collègues, nous ouvrons là une session dans une année spéciale. Une année spéciale qui est teintée de nombreuses incertitudes. Incertitudes financières, mais quelque part ce n’est pas nouveau, avec ces orientations budgétaires qui ont été bâties sans certitude sur l’avenir de certaines de nos compétences, apprentissage ou formation sur lesquelles, chère Georgette, les débats sont en cours, réguliers, nombreux et fournis avec le gouvernement. Sans certitude aussi sur la perte du fonds dédié à la reprise des compétences économiques, sujet que j’avais déjà abordé la dernière fois, je ne vais pas m’appesantir mais vous dire que sur ce sujet la discussion a repris avec le Premier ministre. Discussion qui a repris et qui a permis aux Régions de réintégrer la Conférence des terroires et de rouvrir un certain nombre de débats qui ont lieu en ce moment même.

Incertitudes climatiques car le combat pour la maîtrise de la hausse des températures se poursuit. Nous noterons avec satisfaction l’engagement fort de la France, du Président de la République, il y a quelques jours pour ce combat en réunissant à Paris un nombre important de Chefs d’Etat, en notant l’absence du partenaire outre-Atlantique, et je voudrais dire à cet instant que bien entendu la Bretagne continuera son travail, continuera son engagement et nous aurons, en avril, une session dédiée du Conseil régional sur ce sujet au travers de la Breizh COP. La Breizh COP que nous travaillons depuis quelques mois déjà et qui est un merveilleux moment d’échange avec l’ensemble des bretonnes et des bretons avec l’ensemble des acteurs qui font la Bretagne pour regarder ensemble les engagements que nous sommes prêts à prendre et pour nourrir ce SRADDET, chère Laurence, que nous aurons à construire.

Incertitudes institutionnelles avec la montée en puissance des intercomunalités, des métropoles, des Régions post loi NOTRe, qui génèrent autant de problématiques à régler au quotidien dans l’ensemble de ces collectivités, mais qui génèrent aussi, rappelons-le, une nombre d’opportunités considérables que nous avons à saisir et que nous commençons à engranger dans les signatures que nous réalisons mois après mois avec l’ensemble des intercommunalités de Bretagne sur le sujet du développement économique.

Incertitudes, nous en reparlerons, concernant Notre-Dame des Landes dans l’attente de l’arbitrage, je rappelle, je redis que cette assemblée a constamment soutenu ce projet depuis des dizaines d’années maintenant.

Incertitudes politiques enfin car qui aurait pu dire, il y a un an, que les partis traditionnels auraient été balayés de la sorte lors des dernières présidentielles et qu’un jeune Président sans histoire politique soit ainsi élu, appelé à assumer les responsabilités qui sont les siennes aujourd’hui ? Dans le cas qui nous concerne, l’incertitude concerne plus le reste de la classe politique, bousculée par cette séquence démocratique et fait d’ailleurs oublier peut-être un peu vite les angoisses, les tensions, les montées de certains courants de pensée qui sont très éloignés de la majorité des ces bancs. Aujourd’hui, si la droite républicaine a retrouvé la sérénité absolue, chers collègues, grâce à la désignation sans faille d’un nouveau leader, le reste de l’échiquier reste partagé entre querelles intestines et angoisses existentielles.

Bref cette période ouvre des brêches. Et le risque c’est l’attente, le risque c’est la tétanisation, le risque c’est finalement le repli. Mon option est inverse, toute inverse, je pense qu’il nous revient de saisir les opportunités, d’oser, de prendre des risques, d’être à l’avant-garde dans ce monde mouvant et parfois inquiétant.

Prendre des risques, oser, c’est le dépassement, le dépassement que nous devons à nos concitoyens.

Les succès derniers de PSA, l’union entre D’Aucy et Triskalia, l’investissement de Laïta à Créhen, l’installation de Cocorette à Lampaul : autant d’exemples qui montrent que la Bretagne retrouve une vitalité industrielle et que l’agroalimentaire est de retour dans cette mondialisation qui nous fait tant peur. Autant d’exemples où l’action du Conseil régional a été décisive, où nous avons eu raison de prendre des risques, où nous avons eu raison de dépasser les lignes, où nous avons eu raison de soutenir ces groupes majeurs pour la Bretagne, pour l’ensemble de nos territoires.

Certes, les impacts du BREXIT arrivent, le développement des EMR tarde encore, mais nous savons en Bretagne dépasser les difficultés en jouant collectif, en visant le rassemblement. C’est ainsi que nous avons sauvé l’école de la marine marchande à Saint-Malo, je dirais même renforcé en l’ayant connectée, intégrée au lycée maritime. Nous avons là un système qui doit ne pas générer de nouveaux débats dans les années qui viennent, qui doit être robuste et qui doit permettre à long terme de continuer d’affirmer notre maritimité et d’affirmer que nous aurons là la capacité de former encore de nouvelles générations, de jeunes gens qui continueront d’aller sur nos bâtiments partout dans le monde.

C’est ainsi aussi que nous avons pu mettre des moyens pour rouvrir la ligne ferroviaire Brest – Quimper. Vrai sujet cette ligne ferroviaire, nous avions eu sur ce sujet de grands débats au cours du dernier mandat, nous avions fait le choix de rouvrir cette ligne, d’y investir des moyens considérables pour que les travaux soient réalisés. C’est un sujet qui permet la mobilité du quotidien mais c’est un sujet qui doit ne pas nous faire oublier notre objectif de Brest et de Quimper à 3h00 qui reste un combat de long terme pour la Bretagne.

Un dernier exemple du rassemblement, ce sont les orientations, cher Olivier, pour la future PAC. Ce travail remarquable qui a été fait et qui dépasse le travail du Conseil régional de Bretagne et qui est bien un travail de la Bretagne pour participer aux débats à venir et pour faire en sorte que la PAC post 20-20 intègre nos réflexions, intègre les réflexions de l’ensemble des acteurs qui font l’agriculture d’aujourd’hui et qui feront l’agriculture de demain.

Sur le BREXIT, restons bien entendu offensifs. Lors de ma rencontre la semaine dernière avec Jean-Claude Juncker, j’ai pu lui rappeler que la Bretagne était particulièrement exposée et que nous avions sur certains sujets besoin d’envisager un fonds d’atténuation du BREXIT qui pourrait avantageusement être intégré dans la prochaine politique de cohésion. Prochaine politique de cohésion qui, je le rappelle, n’est pas encore décidée, n’est pas encore arbitrée et il conviendra pour chacun, et je pense que toutes les régions européennes seront sensibles à cet argument et commencent à se mobiliser, de participer à la mobilisation pour faire en sorte que l’Union européenne continue de travailler avec l’ensemble des territoires. Je verrai sur ce sujet Michel Barnier en janvier et je vous propose de poursuivre les travaux qui ont pu être commencés, de poursuivre le travail qui a été fait par le CESER en en créant une task force, qui rassemble des collègues de tous les bancs pour détecter les signaux faibles, pour travailler sur l’anticipation, pour préparer la suite, pour agir et ne pas subir. Bref pour faire en sorte que nous soyons en capacité de nous organiser mais aussi de saisir toutes les opportunités qui se présenteront à nous.

L’avenir, c’est de travailler d’arrache-pied sur l’ensemble des opportunités malgré ce monde qui change. Et garder en tête que ce que nous dit le BREXIT, ce que nous dit la Catalogne, ce que nous dit quelque part la Corse, c’est qu’il faut retrouver le chemin de la construction politique de l’Europe. Il nous faut retrouver ce chemin qui n’oublie pas que les citoyens européens veulent être le plus proches possibles des décisions, veulent pouvoir peser sur les choix politiques, veulent pouvoir s’exprimer et être respectés dans leur singularité.

Si nous n’écoutons pas ces aspirations, la pente vers le nationalisme sera de plus en plus glissante, et cette voie n’est bien entendu pas la nôtre.

A l’inverse, à ceux qui proposent des frontières, je propose le fédéralisme qui unit, qui rassemble, qui dépasse les oppositions au profit des coopérations, un fédéralisme qui peut nous permettre d’assurer notre sécurité et de retrouver notre souveraineté fiscale face aux grands groupes mondiaux qui nous posent tant de questions.

Ce principe pourra et devra être décliné à toutes les échelles.

La Bretagne a besoin de ses territoires, et les territoires ont besoin de la Bretagne. La France a besoin de ses Régions et les Régions ont besoin de la France. L’Europe a besoin de ses Etats, et les Etats ont besoin d’Europe.

Un fédéralisme de proximité particulièrement adapté à notre époque horizontale qui se construit autour des réseaux sociaux et collaboratifs. Un fédéralisme qui offre un nouvel horizon à nos convictions régionalistes.

Ainsi, c’est animé de cette ambition que je réitère la proposition que j’ai annoncée lors de la dernière session, que j’ai exprimée au Premier ministre d’un contrat entre le Conseil régional et l’Etat.

Le Président de la République a proposé un pacte girondin, je dis chiche ! Le Premier ministre m’a proposé d’ouvrir le dernier CIMER, acte symbolique fort, je l’en ai remercié, dans l’intégration des Régions dans cette politique maritime de la France, nous pouvons aller plus loin. Et je pense que ces signaux nous permettent de dire qu’aujourd’hui les Régions sont en capacité de réfléchir globalement aux sujets et de ne pas attendre les moments de tension, les moments de crise comme nous en avons vécus dans le passé pour signer un contrat. Nous avons la capacité, sur l’ensemble des sujets sur lesquels nous sommes mobilisés, sur lesquels nous sommes sollicités, je parlais de la formation et de l’apprentissage tout à l’heure, nous pourrions parler du sujet du développement des PME, nous pourrions parler du sujet de la simplification. Sur l’ensemble de ces sujets nous avons des discussions régulières avec de nombreux ministères. En parallèle, le gouvernement nous sollicite pour participer à la maîtrise de la dépense publique. Je pense que la seule issue c’est le contrat qui permet de dire les responsabilités et ambitions de chacun, les responsabilités que les uns et les autres sont capables de prendre et les engagements que les uns et les autres sont capables de prendre, pour faire en sorte de continuer à avancer.

Plutôt que de se disperser, je propose que nous ayons une solution globale pour aboutir à un partenariat avec le gouvernement, un pacte offensif sur l’ensemble de ces sujets. Je pense d’ailleurs que ce pacte pourrait dépasser les seuls sujets du Conseil régional de Bretagne. Et être un pacte qui intègre des sujets qui concernent la Bretagne. Revenir sur les sujets du logement, et je pense que nous avons des solutions à proposer qui seraient adaptées à l’ensemble de nos territoires, notamment sur la fiscalité, permettant de construire des logements dans nos territoires à partir du moment où ils intègrent certains critères que nous pourrions travailler ensemble dans le cadre du SRADDET. Sur les emplois utiles pour nos associations et nos collectivités notamment les plus en difficultés, les plus petites. La complémentarité entre l’insertion et la formation. Les nouveaux parcours, attendus, des citoyens dans leurs démarches.

Sur tous ces sujets nous pouvons aboutir à des solutions pragmatiques, intelligentes qui conviennent à l’Etat comme à nos territoires sans oublier les questions de l’expérimentation ou les sujets concernant la refonte annoncée de la fiscalité locale.

Bref, le dialogue dans la confiance qui est certainement un meilleur cadre pour avancer que celui noué sous la pression des crises ou les moments où les urnes sont obligées de parler.

Mes chers collègues, la combinaison d’une Europe fédérale et d’une République régionalisée, un projet qui fait de nos différences un atout. Voilà le projet que nous pouvons défendre, voilà le projet que je propose aux bretonnes et aux bretons.

Je vous remercie.

Télécharger le discours en PDF : Discours LCG session décembre

Partagez

Laisser un commentaire