Monsieur le Président,
Mes chers collègues,

Les élections européennes du 26 mai ont rendu leur verdict.
Notre groupe ne comptait pas moins de quatre candidats engagés dans cette campagne électorale :

C’est le plus beau des hommages aux éléments de valeur qui le composent !

Toutes nos félicitations à Pierre Karleskind pour son élection. Nous savons qu’il s’appliquera à défendre à Strasbourg et à Bruxelles les intérêts de la Bretagne.
Toute notre sympathie également à Forough Salami, Emmanuelle Rasseneur et Olivier Allain.

Ils ont animé cette campagne avec beaucoup de talent et, sans aucun doute possible, auraient eu toute leur place au Parlement européen.

Du moins sommes-nous heureux de pouvoir continuer à compter sur leur pleine implication au sein de cet hémicycle.

Monsieur le Président, vous avez décidé d’assumer vous-même la responsabilité de la pêche et de la mer.
C’est un choix particulièrement opportun alors que la Bretagne se trouve, sur ces enjeux, confrontés à des défis majeurs.
Je pense en particulier au Brexit, et à ses conséquences potentielles sur le secteur de la pêche bretonne.
En acceptant d’exercer ces responsabilités, je dirais presque en les incarnant, nous nous donnons les moyens de peser plus fortement à Paris et à Bruxelles.
C’est un réel atout dans la période si délicate dans laquelle nous entrons.

Le constat s’impose que, demain plus encore qu’aujourd’hui, le Parlement européen va devoir se nourrir de sa diversité pour dégager des majorités de projet.
Vu d’une France tellement habituée aux logiques binaires, c’est un bien étrange modèle politique que celui de l’Union…
… Où la prise de décision dépend d’une pluralité d’acteurs capables de surmonter leurs divergences pour aller de l’avant.

Peu importe de ne pas être d’accord sur tout dès lors que l’on sait se retrouver sur l’essentiel.

D’une certaine manière, c’est aussi l’approche que nous cherchons, sous votre responsabilité, Monsieur le Président, à promouvoir en Bretagne.
Notre majorité ne forme certes pas un bloc homogène.
Les fidélités partisanes de celles et ceux qui la font vivre sont plurielles. Nous sommes divers dans nos sensibilités comme dans nos convictions.

Il en découle que, sur les enjeux nationaux et européens, nous n’empruntons pas toujours le même chemin.
Reconnaissons-le, ce n’est pas tous les jours facile. Nous avons des débats entre nous et ils peuvent être vifs.
Dans la phase politique si particulière que nous traversons, il n’y a là d’ailleurs là rien de bien exceptionnel.
Ces débats que nous vivons en interne, ils traversent d’autres groupes que le nôtre au sein de cet hémicycle.
Ce n’est pas Monsieur Le Fur qui prétendra le contraire.

Se dire les choses n’est jamais un problème tant qu’on est capable de surmonter ses différences.
A toutes celles et ceux qui pourraient être tentés d’instrumentaliser d’éventuelles divergences de vue, je voudrais donc faire comprendre ceci :
Au sein de notre groupe, ce qui nous rassemble est beaucoup plus important que ce qui nous sépare.
Ce qui nous rassemble, c’est une adhésion commune à un corpus de valeurs qui fait de nous, fondamentalement, des femmes et des hommes de gauche.
Ce qui nous rassemble, c’est une fidélité commune au président de cette institution, Loïg Chesnais-Girard, dont nous soutenons l’action avec détermination.
Ce qui nous rassemble, enfin, c’est une ambition commune pour notre Région que nous entendons mettre en œuvre suivant une méthode régionale très spécifique.
Ce que je disais plus haut sur l’Europe s’applique également à la Bretagne.

La tâche qui nous incombe est de bâtir la Bretagne des grands projets en favorisant l’émergence de compromis aussi larges que possible.
Elle est un investissement résolu et courageux sur l’avenir, loin des facilités d’une politique de guichet marquée au sceau du court-termisme.
Elle implique, en conséquence, le consentement du plus grand nombre – de nos partenaires publics et associatifs habituels à la population bretonne elle-même.

Car aucun de ces chantiers de long terme ne peut aboutir sans leur adhésion pleine et entière.
C’est un pari, en somme, sur ce qui a toujours constitué la force de la Bretagne :
Sa cohésion, son sens incomparable du bien commun, sa capacité à faire corps lorsque ses intérêts vitaux sont menacés.

Et, n’en doutons pas, ces intérêts le sont bien, menacés.
Le modèle linéaire « extraire – fabriquer – consommer – jeter » sur lequel repose notre économie depuis la révolution industrielle vit ses derniers feux.
L’impact massif qu’exerce l’activité humaine sur la biosphère exerce en retour un impact massif sur nos sociétés.
Afin de briser cette spirale, nous n’avons d’autre option que d’évoluer vers un nouveau modèle de société, qui renouvelle nos façons de consommer, de produire, de travailler.
Ce qui implique de se donner les moyens de relever le défi des diverses transitions auxquelles nous sommes confrontés – sociétale, écologique et numérique.

Chacun doit jouer son rôle dans ce processus.

A titre d’exemple, nous comptons sur l’esprit de responsabilité de l’ensemble des acteurs impliqués dans le financement des plateformes territoriales de la rénovation énergétique.
On sait les difficultés qu’elles rencontrent actuellement, les fragilisant dans l’exercice de leurs missions. Nous serons très vigilants à ce que ces entraves soient au plus vite levées.

J’évoquais à l’instant la question des transitions.

Rassembler pour lui apporter une réponse à la fois cohérente et audacieuse – c’est tout l’objet de la Breizh COP, qui entre désormais dans sa phase de finalisation.
Elle est en quelque sorte est notre antidote à la fatalité du déclinisme et du creusement des inégalités.

Monsieur le Président, lorsque vous avez annoncé le lancement de cette démarche, elle a parfois suscité une certaine incrédulité.
Certains, jusque dans cet hémicycle, ont voulu y voir une simple opération de communication dépourvue de toute portée programmatique.
Vous avez alors tenu bon, et la suite des événements a démontré que vous aviez raison de le faire.

La Breizh COP a permis de valider à l’échelle régionale certaines pistes de réflexion qui n’ont été qu’ultérieurement reprises à l’échelle nationale.

A titre d’exemple, sur la nécessaire conciliation des enjeux environnementaux et sociaux, la Bretagne a sans conteste joué un rôle précurseur.
Bien avant la crise des Gilets Jaunes, nous avions compris qu’à vouloir compartimenter ces questions, nous nous exposions à de sérieux désagréments.
Nous avons fait le choix – courageux, car il heurtait bien des conservatismes et bien des habitudes de travail solidement ancrées – de la transversalité, du décloisonnement.
Cette option n’était évidemment pas la plus simple, mais nous n’avons jamais douté de sa pertinence.
Le succès populaire rencontré début juin à Saint-Brieuc par la semaine « La Bretagne s’engage pour le climat » démontre combien ce souci d’exigence était justifié.
C’est justement parce que nous n’avons jamais sacrifié ni à la facilité, ni à la démagogie que cet événement a constitué une si belle réussite.
Sur cinq jours, ce ne sont pas moins de 5 485 engagements concrets qui ont été collectés, émanant tant des collectivités que des associations et des entreprises.

Le processus est lancé, et rien désormais ne l’arrêtera.
La Breizh COP démontre que les combats de long terme ne nous effraient nullement.
D’autant qu’ils peuvent aboutir à des résultats spectaculaires plus rapidement que l’on ne l’aurait espéré.

Thierry Burlot va tout à l’heure nous parler de celui qu’il a conduit, avec le succès que l’on sait, en faveur de la reconquête de la qualité des eaux bretonnes.
Cette politique a fait l’objet d’une mobilisation exemplaire de l’ensemble des acteurs régionaux : agriculteurs, collectivités, syndicats associations…
Nous avons inventé la politique des bassins versants, nous avons élaboré une méthode qui est aujourd’hui reconnue, nous nous sommes dit les choses et nous avons tranché.
Et désormais, le mauvais élève de la classe est cité en exemple, même s’il ne s’agit évidemment pas pour autant de se reposer sur ses lauriers.

De la reconquête de la qualité des eaux au développement maritime, il n’y a qu’un pas.
Notre conviction profonde est que la Bretagne, demain, ne pourra rayonner que si elle renoue avec sa vocation océanique. C’est dans ce dessein qu’en 2010, nous avons lancé l’ambitieux plan de développement du port de Brest – un vaste programme d’investissement de 220 millions d’euros.
Les travaux se poursuivent à un rythme très soutenu, et peu à peu le port se transforme pour adopter ce qui va devenir sa nouvelle configuration.

Cependant, ces investissements portuaires massifs n’ont de sens que si l’ensemble des parties prenantes jouent résolument le carte du développement des énergies marines.
Dans cette perspective, il faut le dire et le répéter, le projet de décret de janvier 2019 relatif à la programmation pluriannuelle de l’énergie n’est clairement pas à la hauteur.
Nous tenons à saluer, Monsieur le Président, les efforts que vous avez entrepris, en lien avec les autres Régions concernées et les industriels de la filière, afin que le Gouvernement revoie sa copie en matière d’éolien offshore.
Peu de régions dans le monde disposent d’un potentiel maritime équivalent au nôtre.
Cet « or bleu » qui s’offre à nous à foison, rien ne serait plus absurde que de le laisser inexploité ou sous-exploité.
Il faut s’en féliciter, la ténacité bretonne commence peut-être à payer sur ce dossier :
le Gouvernement a en effet annoncé, en fin de semaine dernière, plusieurs mesures fortes en faveur du développement de la filière éolienne en mer. Notre soutien vous est évidemment acquis, Monsieur le Président, dans ce nécessaire combat pour la prise en compte des intérêts vitaux de la Bretagne.

La Bretagne de demain, c’est aussi celle qui trouve toute sa place dans la révolution numérique.

Nous nous réjouissons, dans ce domaine, de deux excellentes nouvelles.

Il y a d’abord eu l’annonce, en début de semaine, de la signature de l’accord entre SFR et la Région, qui va bientôt rendre disponibles les offres de l’opérateur sur notre réseau public de fibre optique.
Après les conventions signées avec Orange et Bouygues, c’est une nouvelle preuve par l’exemple que les choix politiques que nous opérés sur ce dossier étaient les bons.

D’autre part, le groupe Axione – Bouygues Energies & Services a été retenu par Mégalis, le 20 mai dernier, pour concevoir et réaliser le déploiement de la fibre optique dans le cadre des phases 2 et 3 du projet BTHD.

Gwenegan Bui nous fera la démonstration qu’il s’agit d’une avancée majeure pour la Bretagne… Et conformément à une tradition désormais bien ancrée dans cet hémicycle, il devrait se trouver un collègue de l’opposition, vous devinez lequel, pour nous affirmer l’exact contraire.
Je me permets d’anticiper cet échange d’experts, que nous attendons tous avec impatience, pour considérer qu’une telle annonce constitue une excellente nouvelle, et ce à plus d’un titre :
– D’abord parce que le groupement s’est engagé à livrer l’ensemble des prises dès 2026, ce qui nous fait gagner quatre années par rapport au calendrier initial.
– Ensuite parce que ces nouveaux objectifs, très avantageux, seront atteints à un moindre coût par rapport à celui qui avait été envisagé.
– Enfin, parce que les retombées socio-économiques de ce chantier de travaux publics, le plus important de France après celui du Grand Paris, s’annoncent tout à fait prometteuses.

Vous l’avez souligné, Monsieur le Président : « En prenant le pari d’une région 100 % fibrée à l’horizon 2026, la Bretagne fait le choix d’un développement équilibré du territoire, résolument tourné vers l’avenir ».
Encore faut-il que l’Etat soit au rendez-vous de ce défi majeur pour notre territoire. Nous serons très vigilants à ce que, par le biais du FNADT, il nous accompagne dans la réalisation de ce chantier fondamental pour nous.

Toujours ce constant souci de se projeter dans le temps long par l’adhésion à une conception de l’action publique exigeante et responsable. L’intérêt supérieur de la Bretagne commande. Il vaut bien qu’on le fasse passer au-dessus de nos préférences partisanes et de nos passions politiques individuelles.

L’intérêt supérieur de la Bretagne, c’est, peut-être en premier lieu, la défense de sa culture et de ses langues. C’est le socle sur lequel tout le reste repose.

Dans ce registre, le contrat d’action publique pour la Bretagne signé le 8 février dernier contient une disposition importante :
– Il crée en effet les conditions permettant aux écoles bilingues français/breton sous contrat de bénéficier du forfait scolaire communal.
– La CTAP de Bretagne s’est prononcée le 18 avril dernier en faveur de cette évolution.
– Conformément à l’engagement pris le 8 février, il revenait au Gouvernement de proposer les modifications législatives nécessaires afin que cet objectif soit tenu.

De fait, le projet de loi pour une école de la confiance adopté le 13 juin dernier contient bien une disposition qui vise à répondre à nos attentes :
– L’article 6 ter A prévoit en effet, pour le versement de la contribution financière, la conclusion d’un accord entre l’établissement d’accueil et la commune de résidence et, faute d’un tel accord, la médiation du préfet.
Il s’agit d’une avancée réelle, et il faut saluer toutes celles et ceux qui ont concouru à la rendre effective :

Je pense en particulier à l’ensemble des parlementaires bretons qui se sont investis sur cette question au Sénat et à l’Assemblée nationale. Désormais, il faudra veiller à la dimension opérationnelle d’une mesure qui n’affirme pas clairement le caractère obligatoire du versement de la contribution par la commune de résidence.
C’est un pari sur la bonne volonté des acteurs – maires, chefs d’établissement, préfets – impliqués dans le processus.
Sincèrement, nous espérons que cette approche incitative se révélera fructueuse à l’usage. Que personne n’en doute, nous serons très attentifs quant aux résultats qu’elle donnera.
Quant à la Région, elle sera bien évidemment là, cela va sans dire, en soutien aux petites communes qu’une telle réforme pourrait fragiliser.

Un mot rapide, pour terminer, sur la question, éminemment politique, de la fiscalité.

L’impôt est la condition indispensable de la justice, sociale, territoriale, environnementale, et sans justice aucune société n’a d’avenir.
Un pays où sa légitimité est remise en cause est nécessairement un pays qui va mal.

Chacun sait d’où vient le mouvement des Gilets Jaunes : la crise que traverse actuellement la France doit beaucoup à une organisation fiscale à la fois archaïque, opaque et inique.
On le répète à l’envi depuis des décennies, ce pays a un besoin urgent, peut-être vital, d’une réforme d’envergure de son système fiscal, et en particulier de son système fiscal local.

Je veux saluer, dans cette optique, le travail remarquable réalisé sous la présidence de notre rapporteur général, Stéphane Perrin.
Les dix-sept propositions déclinées dans ce rapport, originales et fortes, ont le mérite de poser les jalons d’un vaste débat que l’on ne plus se payer le luxe de remettre à plus tard.
C’est tout à l’honneur de notre collectivité que d’avoir initié une telle démarche.
A nous à présent de faire en sorte que l’Etat, dont dépend la mise en œuvre de ces préconisations, sache leur accorder toute l’attention qu’elles méritent.

Monsieur le Président, sous votre autorité, nous nous sommes fixé un cap et nous le tenons.

La voie que nous avons collectivement choisie d’emprunter tourne le dos à toutes les postures démagogiques et à toutes les compromissions. Elle est celle du sens du bien commun et de l’esprit de responsabilité.
Rien ne nous en fera dévier.

Car la fidélité à ces valeurs est la condition nécessaire à la réalisation du projet qu’ensemble nous avons conçu pour notre région. Ce projet mérite que l’on se batte pour lui. Notre détermination à le faire reste intacte.

Pour une Bretagne toujours plus belle, plus solidaire et en pointe dans le combat pour les transitions – le jeu en vaut assurément la chandelle !

Je vous remercie pour votre attention.

– Seul le prononcé fait foi –