Intervention sur la politique agricole par Raymond Le Brazidec

Monsieur le Président, chers collègues,

A l’occasion de ce débat budgétaire, je voudrais mettre en lumière un enjeu particulier pour l’agriculture bretonne qui est celui du renouvellement des générations et de l’installation en agriculture.

En Bretagne 50% des chefs d’exploitation ont plus de 50 ans et vont cesser leur activité dans les dix ans à venir. Un défi se pose donc sur l’enjeu de la transmission des exploitations, et plus globalement de l’attractivité des métiers de la terre et bien plus encore de l’élevage. Inutile de vous dire combien il est pourtant essentiel, pour la Bretagne, de maintenir une agriculture vivante, tant sur le plan économique que pour l’équilibre des territoires, l’entretien du vivant.

Et bien plutôt que de nourrir certains discours déclinistes ou alarmistes, la Région à travers sa politique en faveur de l’installation – aux côtés des exploitants et de tous les maillons de la chaîne de l’accompagnement agricole – entend au contraire faire de ce défi générationnel une opportunité.

  • Une opportunité en terme de transition :

Nous en avons souvent parlé ces derniers mois à l’occasion de la Breizh Cop, l’agriculture s’est engagée depuis longtemps déjà dans l’évolution de ses modes de production… Mais il faut accélérer au regard des menaces sur la biodiversité, des défis climatiques, de l’enjeu de la qualité et la sécurité alimentaire. Or les nouvelles générations qui arrivent aujourd’hui en agriculture ont déjà pleinement intégré ces enjeux dans leurs projets d’installation… il faut donc les appuyer dans ce sens.

  • Une opportunité pour accompagner une demande sociétale forte qui offre de nouveaux débouchés en terme d’agriculture de proximité

Les prises de conscience des consommateurs qui se tournent de plus en plus vers les circuits courts et la vente directe, la volonté à travers la commande publique de s’appuyer sur les production régionales, notamment dans le cadre de Breizh Alim’, mais aussi la reconquête du marché domestique européen avec une montée en gamme, sont autant de nouvelles opportunités pour l’agriculture qu’il faut accompagner et soutenir…

  • Une opportunité à saisir aussi parce que nous disposons d’un maillage et d’une politique de formation qui nous permettent en Bretagne d’accompagner et de former aux métiers de l’agriculture

Mais nous savons aussi que pour s’installer aujourd’hui en agriculture, il faut prendre des risques – c’est valable dans plusieurs pans de l’économie, mais particulièrement face à des marchés agricoles soumis à de fortes turbulences. Donc risque économique, mais aussi social, car on sait que s’installer seul sur une exploitation, c’est aussi prendre le risque de s’isoler – par rapport à un conjoint, une conjointe qui travaillerait à l’extérieur ou par rapport à la perte de relation sociale qu’engendre un métier très prenant en terme de temps. Et donc pour se lancer, il faut être sûr de le faire dans de bonnes conditions, avec les financements nécessaires, et pouvoir ensuite sécuriser son projet d’installation. Il se trouve que l’accompagnement des porteurs de projets est fort en agriculture, ce qui permet un maintien de l’activité à 96% au bout de 5 ans. C’est le secteur économique où la résilience est la meilleure.

C’est le sens des soutiens de la Région, qui co-pilote avec les services de l’Etat la politique en faveur de l’installation en agriculture, au travers de la gestion des fonds européens liés à l’installation (DJA) mais également de la labellisation des structures engagées sur l’accompagnement à l’installation.

La Région et la DRAAF financent chaque année pour près de 1,2 millions d’euros le parcours à l’installation.

Plusieurs dispositifs régionaux complètent ces soutiens Europe-Etat-Région :

  • le prêt d’honneur agricole,
  • les politiques d’accès au foncier,
  • l’aide spécifique aux plus de 40 ans qui ne peuvent plus prétendre à la DJA.
  • Depuis 2017, la Région a également initié le Pass Avenir JA qui vise à accompagner les jeunes en situation fragile pour améliorer la résilience de leur exploitation agricole.

Et cette politique rencontre son public et répond aux besoins. Les chiffres parlent d’eux-mêmes :

  • 2 300 jeunes agriculteurs ont bénéficié de la DJA depuis 2014, pour 39 M€ de financements publics (FEADER, Etat, Région).
  • 70 prêts d’honneur ont été souscrits pour l’installation des jeunes : principalement pour la filière porcine mais aussi pour les filières serres et volailles.
  • Réussite aussi pour le nouveau dispositif d’accès au foncier avec la SBAFER et les banques pour favoriser l’installation des jeunes.
  • Près de 30 agriculteurs de plus de 40 ans aidés par an.
  • 30 exploitations accompagnées grâce au Pass Avenir JA, mis en place depuis 2017 par la Région pour améliorer la résilience de leur exploitation agricole (mise en place d’un plan d’action personnalisé et d’un suivi)

Voilà en quelques mots, ce que je voulais dire.

Pour conclure, Monsieur Le Président, redisons qu’il faut voir le défi du renouvellement des générations dans l’agriculture bretonne comme une opportunité pour traduire dans la réalité l’ambition que nous nourrissons pour une agriculture de qualité qui fasse de notre région une région pionnière du « bien manger », du « bien produire » et du bien-être de ses éleveurs.

La Région Bretagne est en tout cas pleinement engagée aux côtés de ses agriculteurs, pour soutenir l’installation et le renouvellement des générations et pour accompagner les évolutions majeures que connaît ce secteur.