Conseil régional de Bretagne – Session des 15, 16 et 17 février 2018

Discours de politique générale de Forough Salami

Monsieur le Président, Mes chers collègues,

Avoir l’honneur de siéger dans une assemblée élue, c’est faire le choix de l’action.

Avoir bénéficié de la confiance des électeurs nous donne en effet, une obligation de refus de toute forme de fatalité.

C’est anticiper plutôt que subir, sans optimisme naïf ni pessimisme résigné mais avec toujours plus de détermination.

Ce n’est pas dans la tradition bretonne que de se plaindre.

Nous portons simplement une exigence : celle d’obtenir durablement les conditions de notre équilibre et de notre développement.

Ainsi une nouvelle fois, cette session va démontrer que la Bretagne n’est pas une région comme les autres notamment parce qu’elle sait mobiliser les énergies collectives au service du bien commun.

Différents dossiers nous rappelleront que pour réussir une harmonie, il ne faut pas nécessairement jouer fort mais surtout jouer juste.

Monsieur le Président,
L’actualité me conduit à évoquer, au nom de notre groupe 5 questions.

La première, vous n’en serez pas surpris de la part d’une élue du Finistère concerne l’accessibilité de la Bretagne et singulièrement du « début du monde ».

Le 17 janvier dernier, le Premier ministre a décidé de l’abandon du projet d’aéroport qui devait être construit à Notre-Dame des Landes.

Quelques jours plus tard, le rapport Duron renvoyait au-delà de 2038 la ligne à grande vitesse mettant Quimper et Brest à 3 heures de Paris.

Immédiatement une colère aussi sourde que légitime, s’est exprimée dans le Finistère, département où nos concitoyens vivent ces enjeux avec une particulière intensité.

Heureusement, judicieusement conseillé, le Président de la République a indiqué que pour l’Ouest, ce rapport n’était « plus d’actualité »…

… Et que les propositions de notre Pacte d’accessibilité pour la Bretagne constituaient l’unique base de travail du Gouvernement.

C’est la voix de la sagesse, et chacun ici se réjouit qu’elle ait fini par prévaloir.

Ce pacte, fruit d’une concertation avec les collectivités régionales les plus concernées que vous avez présenté, Monsieur le président, le 25 janvier dernier nous engage tous.

Il fixe une ligne simple et volontaire : prendre acte et aller de l’avant.

La Région Bretagne a toujours soutenu le projet de Notre Dame des Landes et la décision prise n’est pas celle que nous espérions.

Mais, nous n’avons pas le temps de nous enfermer dans des regrets car, en matière d’accessibilité, les bretons ont des besoins auxquels il faut répondre.

Besoins ferroviaires, besoins routiers, besoins numériques.

C’est à cette fin que le pacte breton énumère les soutiens que nous attendons de l’Etat.

Chers collègues, ne vous méprenez pas. Ce n’est pas un dossier Finistérien. Ce qui se joue, c’est la cohésion d’ensemble de la Bretagne. Si le Finistère ne peut gagner sans la Bretagne, la Bretagne ne peut se passer du Finistère. Et quand la gare de Rennes est aujourd’hui plus près de Paris que de la Bretagne Occidentale, c’est tout l’équilibre de notre région, d’Ouessant à Vitré qui est questionné.

Il est donc rassurant que toutes les collectivités bretonnes aient partagés cet objectif et que l’Etat l’ait retenu comme base de la négociation.

A nous donc le devoir d’unir nos forces pour que rapidement cette ambition ne soit pas qu’un discours mais une promesse d’action.

Chers collègues,

Dans cet hémicycle, nous répétons souvent que l’avenir de la Bretagne passe par son agriculture et son industrie agro-alimentaire.

Aussi les tensions qui ont secoué le monde agricole ne nous ont pas surpris.
Les raisons sont connues, certaines sont conjoncturelles et d’autres sont plus sectorielles.

Mais toutes tournent autour des difficultés financières croissantes des producteurs alors que certaines enseignes de la grande distribution multiplient les promotions.

Et on peut légitimement s’interroger sur la pertinence d’un système dans lequel sur 100 euros d’achats alimentaires, seulement 6,20 euros reviennent aux agriculteurs.

Tout cela n’est ni sain, ni durable ni surtout juste.

Il faut donc saluer le travail utile accompli pendant cinq mois dans le cadre des états généraux de l’alimentation…

… Ainsi que le rôle pivot joué par notre collègue Olivier Allain dans la conduite et l’aboutissement de ce processus exemplaire.

Une Charte d’engagement a été signée entre les représentants des acteurs de la production, de la coopération agricole, des entreprises de l’alimentaire et de la distribution.

Et un projet de loi a été déposé pour redéfinir les relations commerciales dans le secteur agricole.

Mais ces différents outils, outre qu’ils ne se mettront en place que progressivement, ne seront réellement efficaces que si l’ensemble des parties veulent bien se les approprier.

Nous devons en appeler à leur sens des responsabilités afin que cette réforme porte ses fruits – et qu’elle le fasse dans les plus brefs délais.

Et naturellement, notre collectivité l’accompagnera autant qu’elle le pourra.
Je voudrais ensuite vous alerter sur la réforme de l’apprentissage dont, en l’état, les

orientations générales ne nous satisfont pas.
Je serais brève car mon collègue Philippe Hercouet développera plus tard, nos inquiétudes.

Depuis des décennies, patiemment, nous avons bâti une politique régionale de l’apprentissage dont chacun au plan national loue l’efficacité et même l’exemplarité.

Jamais autant d’apprentis n’ont été formés en Bretagne et leur taux d’insertion professionnelle est bien supérieur au taux national moyen.

Pourquoi alors entraver cette dynamique exceptionnelle ?

Il faudrait au contraire l’encourager !
Je veux espérer que, sur ce dossier essentiel, les jeux ne sont pas encore faits.

Aussi dans les prochaines semaines, nous allons – et notamment Georgette Bréard, – continuer à mobiliser toutes les énergies pour d’obtenir les inflexions nécessaires.

La future réforme doit intégrer pleinement les exigences d’un aménagement du territoire équilibré.

Elle ne peut pas avoir pour conséquence de fragiliser les CFA interprofessionnels, les formations transverses ou encore les dispositifs d’apprentissage de l’enseignement supérieur et de la fonction publique.

Et enfin elle doit tenir compte des indispensables synergies à construire avec les lycées professionnels.

De la prise en compte de ces préoccupations dépendra, à nos yeux, le succès de la réforme décidée par le gouvernement.

Dans un autre ordre d’idées, mais avec le même souci de chercher à peser sur le cours des événements, notre institution a décidé de renforcer sa position à Bruxelles.

Le moment choisi n’a évidemment rien de fortuit.

Les négociations autour de la sortie du Royaume-Uni de l’Union et des politiques européennes post-2020 sont deux processus qui concernent particulièrement notre avenir régional.

Ainsi vous avez souhaité, Monsieur le Président, réunir votre bureau exécutif à Bruxelles afin d’y faire entendre plus fortement la voix de la Bretagne.

Et, ces trois derniers mois, vous avez successivement rencontré :

  • –  le président de la Commission européenne, Jean-Claude Junker ;
  • –  le chargé des négociations avec le Royaume-Uni, Michel Barnier ;– ainsi que le commissaire européen aux affaires économiques et monétaires, Pierre Moscovici.Cette diplomatie très active n’a qu’un but : faire en sorte que nos intérêts régionaux soient au mieux préservés dans cette période de troubles que va traverser l’Union.Naturellement, notre délégation permanente à Bruxelles, installée depuis mars 2017 en plein cœur du quartier européen, nous aidera efficacement à faire valoir nos intérêts régionaux.

Enfin, je voudrais conclure sur la reconnaissance pour la Bretagne d’un droit à la différenciation.

Les régions ont fait leur entrée dans la Constitution à l’art. 72, il y a 15 ans, en 2003.

Et pourtant, certains continuent à croire que notre République serait « une et indivisible ».

Mais c’est ne rien connaître à notre Loi fondamentale !

Si la formule a existé, c’était dans les constitutions de 1792 et de 1793.

A l’époque la nation se bâtissait une équation compréhensible et légitime selon laquelle l’unité supposait l’égalité et l’égalité impliquait l’uniformité.

Mais cette formule a disparu depuis le début du XXème siècle ! Elle n’était pas dans la constitution de 1946 ! Elle n’est pas dans la constitution de 1958 !

Et si l’indivisibilité demeure bien dans l’actuel art. 1, elle n’est plus synonyme de jacobinisme.

En prévoyant que notre République soit « décentralisée » [C’est aussi dans l’art. 1 !] le Constituant a au contraire introduit une souplesse qui n’assimile pas l’indispensable égalité à l’opprimante uniformité.

Cela fait 15 ans que le législateur peut adopter des dispositions qui ne soient pas les mêmes pour tous.

Et depuis encore plus longtemps, depuis 1998 exactement, l’Etat n’est plus le seul à pouvoir disposer du pouvoir règlementaire.

Demain le Président de la République semble disposer à modifier l’art. 72 de la Constitution pour permettre que les différents territoires disposent d’une capacité d’adaptation normative.

La Bretagne va évidemment répondre avec enthousiasme à cette invitation.

Nos enjeux territoriaux sont différents, ils seront bien mieux appréhendés si les régions disposent d’une capacité inédite de différenciation.

Continuer à les confiner d’une manière indistincte est un aveuglement qui n’a de fondement qu’idéologique.

C’est une simple question de bon sens : le prêt-à-porter en matière d’action publique est un frein au développement territorial.

Le temps est venu, enfin, de passer du prêt-à-porter au sur-mesure.

Bref, mes chers collègues, je ne sais pas si il faut remplacer l’ancien monde mais je suis certaine qu’il faut en finir avec le veux paradigme jacobin et centralisateur.

Au final, le rayonnement futur de la Bretagne dépendra de la capacité qui est la nôtre à voir loin, à la fois dans l’espace et dans le temps.

A voir loin dans l’espace, parce que nos intérêts sont étroitement liés à ceux d’autres acteurs, infra-régionaux, nationaux, européens et internationaux, dont les décisions ont de toute évidence un impact sur notre propre devenir.

Concevoir la Bretagne comme un isolat, c’est la condamner au déclin.

Nous avons fait le choix inverse : celui de l’ouvrir au monde.

Nous pensons que c’est ainsi que l’on peut continuer à jouer un rôle actif en son sein.

A voir loin ensuite dans le temps, car sacrifier aux sirènes de l’immédiateté, c’est se préparer inévitablement des lendemains qui déchanteront.

Le projet de budget qui nous est soumis témoigne au contraire de la volonté qui anime notre collectivité de préparer l’avenir, en préservant dans la durée son autonomie de décision.

En osant affronter la complexité du monde et en sachant nous projeter dans le temps long, j’en suis convaincue, nous faisons à la fois preuve de courage et œuvre utile.

Je vous remercie pour votre écoute.